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L'homme de porcelaine
Par MeriRCastell
Originales  -  Horreur
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    Chapitre 1     0 Review    
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Texte écrit en 2014.

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Je me souviens de la première fois que je l’ai vu. Enfin, je n’arrive pas à me rappeler l’année précise, mais je sais que j’avais dix ou onze ans, et que c’était le début de l’automne. Le parfum de la terre humide se mêlait à celui des fleurs du jardin, c’était agréable.

J’étais sur la terrasse avec mes amies. Nous bavardions en sirotant de la citronnade quand nous avons aperçu Zia, la chatte de la voisine, qui traversait le jardin avec précipitation. Devinant qu’elle s’était encore enfuie par une porte ou une fenêtre entrouverte, nous avons immédiatement abandonné notre conversation pour la rattraper. Je me souviens avoir couru jusqu’au bout de la rue tandis que mes amies s’aventuraient dans les jardins des voisins.

Au détour d’une ruelle se trouvait un jeune homme vêtu d’une veste noire. À genoux sur le béton, il paraissait chercher quelque chose. Je me suis approchée de lui pour lui demander s’il avait vu un chat tigré dans les environs. Lorsqu’il a relevé la tête, un hoquet d’horreur est demeuré coincé dans ma gorge.

Son visage était brisé. C’est la première chose à laquelle j’ai songé. Brisé comme une assiette de porcelaine. Comme si un impact avait fracassé sa joue, de longues fissures irrégulières la traversaient, et des morceaux manquaient au niveau de son œil droit, me permettant d’apercevoir par le vide béant le fond de son crâne. Il tenait dans le creux de sa main des éclats blancs. De la porcelaine. Il ramassait les morceaux de son visage.

J’étais paralysée, pétrifiée. Je voyais la peau blême et lézardée, trop lisse pour être réelle, mais il m’était impossible de concevoir, de comprendre. Devant ma panique muette, le jeune homme s’est contenté de sourire. Un sourire froid et inhumain qui m’a tordu le ventre comme si le sol s’était soudainement dérobé sous mes pieds.

Je ne sais pas ce qui s’est passé ensuite. Je me souviens que mes amies m’ont annoncé qu’elles avaient retrouvé Zia. Je me souviens avoir relaté ma rencontre avec l’homme et avoir pleuré devant leur incrédulité.

Après cela, les choses n’ont plus jamais été les mêmes. Mes parents non plus ne m’ont pas crue. J’étais la seule à avoir vu cette créature — l’homme de porcelaine, comme je l’appelais dans mes pensées, incapable de dire ce nom à voix haute sans que mon entourage se mette à rire. J’étais la seule à savoir. La seule au courant de son existence.

s’il me retrouvait et m’éliminait, son secret serait en sécurité

Épuisée de me heurter aux soupirs, aux raisonnements teintés de condescendance de mes amis et de ma famille, j’ai cessé d’en parler. Je ne pouvais les convaincre.

Il y a évidemment eu les cauchemars. Plusieurs fois par semaine, durant plusieurs années et aujourd’hui encore. Parfois, dans ces rêves, il me poursuit à travers des ruelles interminables ; d’autres fois, je lui demande s’il a vu Zia et je me rends compte qu’il est en train de la dévorer vivante ; dans d’autres rêves, tous les membres de ma famille ont cet horrible visage lézardé et me contemplent en silence, un sourire mauvais suspendu à leurs lèvres trop pâles ; à d’autres occasions, je suis sur la terrasse avec mes amies et nos verres ne sont pas remplis de citronnade, mais plutôt d’éclats de porcelaine.

Ça me hante, désormais. Même si des années ont passé, je n’arrive pas à oublier. J’ai développé une peur incontrôlable de la porcelaine. Porcelainophobie ; quelle farce. Je n’ose le dire à personne, mais je sens ma raison se fissurer un peu plus à chaque jour.

comme son visage à lui, ce visage à la joue éclatée

Je ne supporte pas le son d’une tasse de porcelaine que l’on dépose sur une table ou dans une soucoupe. Je me mets à pleurer dès que quelqu’un brise un vase ou de la vaisselle, et je dois me mordre la main, serrer les mâchoires et fermer les yeux pour ne pas vomir. Un nœud se forme dans mes entrailles dès que les ongles d’une femme cliquettent sur une assiette de céramique délicate. J’évite les restaurants et les cafés qui utilisent de la vaisselle de porcelaine. Je bois mon thé et mon café dans des verres de plastique, car il y a des jours, des mauvais jours où même le verre m’inquiète.

Heureusement, il y a Antoine. Il ne sait rien, bien sûr

il penserait que je suis folle à lier, oui, jamais il ne pourrait me croire

moi-même, je ne me croirais pas

mais il est là pour moi. Il devine, il observe, mais il ne juge pas. C’est lui qui a suggéré que l’on se procure des verres de plastique. Il a mis le vase que sa mère nous a offert dans le grenier. Je ne l’ai jamais remercié, mais il sait, il voit la gratitude dans mes yeux.

Il voit aussi mon appréhension lorsqu’il doit sortir tard, il voit ma réticence à marcher seule dans les rues, même en plein jour, il voit le malaise sur mes traits lorsque les enfants sont en retard pour le dîner. Antoine voit mais ne comprend pas.

comme moi quand j’ai vu ce visage défoncé

Antoine ne sait pas que j’ai revu l’homme de porcelaine. Il ne sait pas que c’est pour cela que j’ai voulu que l’on déménage.

C’était l’hiver dernier. Je m’en souviens parce que j’étais en paix. Les choses allaient bien. Les choses vont rarement bien très longtemps. Mais c’était bientôt Noël et il y avait ce parfum de neige et de froid, ce parfum qui enflamme la poitrine tant il est vif. J’avais fini de travailler et j’attendais le bus, les mains dans les poches de mon manteau et mon écharpe remontée sur mon nez. Je songeais au cadeau que nous allions acheter à Diane, notre fille aînée. J’ai émergé de mes pensées quand quelqu’un

j’étais certaine d’être seule, pourtant

m’a demandé l’heure. En me tournant vers l’inconnu, surprise, je l’ai reconnu. Lui. Son visage était intact, cette fois-ci,

Dieu merci

mais il n’avait pas vieilli depuis cette journée d’automne, il était resté le même. Comme dans mes souvenirs et comme dans mes rêves. Les mêmes yeux noirs, la même chevelure sombre comme la nuit, et la même peau de porcelaine, cette surface trop blanche, trop lisse, trop parfaite, qui malgré tout se mouvait subtilement lorsqu’il parlait. Il m’a posé à nouveau cette question. Tellement banale. Excusez-moi, savez-vous quelle heure il est ? Et, accrochée à ses lèvres de fine céramique, l’ombre d’un sourire glacial, encore plus que le vent de décembre.

[Il y a des moments où le stress est si intense que l’on cesse de ressentir, on cesse de réfléchir. L’esprit se détache du corps et il n’en reste qu’une coquille vide, comme ces chrysalides desséchées que laissent derrière eux les papillons. Tout devient alors distant, figé, comme si quelqu’un avait remplacé le réel par une réplique de carton.]

Je ne dors plus beaucoup, maintenant. Si je le pouvais, je quitterais mon emploi pour rester à la maison, le seul endroit où je me sens en sécurité, mais cela m’est impossible. Le salaire d’Antoine ne suffirait pas à nourrir trois enfants. Et il y a les factures. Et les leçons de piano de Damien.

et mes médicaments

Alors je continue. J’ai perdu la volonté de le faire, mais je le fais quand même. J’ai perdu la volonté de tout, mais je continue quand même. Depuis cette soirée de décembre, les choses sont irréparables. Je suis irréparable. Ce n’est plus une fissure ou une crevasse qui m’afflige, mais un éclatement total. Je suis fracassée de l’intérieur.

vais-je, comme lui, ramasser les morceaux de mon visage sur le béton durant une paisible journée d’automne

J’ai peur pour Antoine. J’ai peur pour les enfants. J’ai peur de l’extérieur, des inconnus, de la porcelaine et des chats qui s’échappent par les portes ou les fenêtres entrouvertes. J’ai peur de lui, peur qu’il me retrouve encore. J’ai peur de m’endormir et peur de me réveiller. J’ai peur que la réalité et le sommeil ne se superposent pour donner vie à mes pires cauchemars.

peut-être qu’un jour, un matin, je vais servir le petit déjeuner, et toute la famille aura ce sinistre visage de porcelaine ils vont me regarder sans un mot, juste me regarder avec leur visage de porcelaine

peut-être est-ce déjà ainsi

peut-être que Nicolas ne voulait pas me montrer la blessure qu’il s’est faite en tombant de son vélo parce qu’il n’y a pas d’écorchure, seulement de la porcelaine fêlée

Excusez-moi, savez-vous quelle heure il est ?

peut-être que c’est pour cette raison qu’Antoine ne pose pas de questions — il sait déjà — il sait tout

ils sont en porcelaine, chacun d’entre eux

et ils me regardent

Il n’y a qu’une seule chose à faire, dans ce cas. Je ne peux plus fuir, il est trop tard.

            ils savent que je sais

Il n’y a qu’une seule chose à faire.

[Excusez-moi, savez-vous quelle heure il est ?]

[Excusez-moi, auriez-vous vu un chat passer par ici ? Il est tigré et son collier est blanc.]

blanc comme la porcelaine

Il y a sûrement un marteau quelque part dans le garage. Je devrai faire attention de ne pas me couper sur les morceaux de leur visage.

 
     
     
 
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