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Ton pire cauchemar
Par Fleur-dEspoir__
Harry Potter  -  Romance/Horreur  -  fr
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"Rien n'est plus vivant qu'un souvenir"

Bonjoooour ! J'ai écrit cette courte histoire pour un challenge organisé par la page Fb Les Prompts de Poudlard et j'ai eu envie de le publier. Je ne voulais pas attendre parce que ça se passe à Halloween du coup, c'est d'actualité haha (bon, en vrai, je suis déjà un peu en retard mais j'étais au Bal des Sorciers de Magical Events et après fallait le temps de se remettre du fait d'avoir quitté Poudlard voyez-vous :( ). J'avais écrit deux chapitres pour le challenge, mais je n'ai remis que le chapitre 2, le chapitre 1 (celui qui suit donc) était censé n'être qu'une préquelle pour moi. Mais finalement je l'aime bien alors je voulais le partager. Je pense qu'il y aura trois chapitres parce qu'à cause de la limite imposée, j'ai dû aller un peu vite et je voudrais rattraper ça. Du coup, le chapitre 2 arrivera rapidement mais le chapitre 3... Disons qu'il sera là avant Noël x) Non, promis, il sera là avant fin novembre. On va dire mi-novembre pour le chapitre 2 et fin novembre pour le 3. Comme ça, ça équilibre. Si finalement, ça fait plus de trois chapitres, j'accélérerai la publication mais je ne veux pas passer plus de temps sur celle-ci que sur "Et si on recommençait ?". Breeeef. Je vous laisse (enfin) avec l'histoire !

PS : Pour cette histoire, il a fallu que je donne des prénoms aux parents de Théodore Nott : ils s'appellent donc Abigail et William Nott.

Il s'agira, bien évidemment, d'un HP/DM.

 

°°°

 

Il n'avait pas quitté des yeux l'invitation qui trainait sur son bureau, en particulier le petit sceau en cire qui servait de portoloin : son passeport pour l'Angleterre. Il n'arrivait pas à taire cette envie de se rendre à la fête. Il en avait parlé à ses parents dès qu'il l'avait reçue. Ils étaient contre, bien sûr. Et une partie de lui était contre aussi. Mais ça faisait si longtemps… Si longtemps qu'il ne l'avait pas vue, cette terre qui l'avait vu naître. Si longtemps qu'il ne l'avait pas vu, celui qui, cinq ans après, faisait un pas vers lui. Et Draco avait peur, mais en même temps terriblement envie d'appuyer sur ce minuscule portoloin qui le ramènerait à la maison.

Un peu plus de cinq ans et cinq mois s'étaient écoulés depuis que la Victoire avait été prononcée. Un peu plus de cinq ans et cinq mois s'étaient écoulés depuis que Draco Malfoy avait quitté l'Angleterre, le 25 mai 1998. Mille neuf cents quatre-vingt cinq jour pour être exact. Il avait compté chacun d'entre eux, sans exception, sans relâche. Il ne regrettait pas sa décision, bien sûr, l'enjeu était trop important, mais ça ne rendait pas les choses plus faciles. Pourtant, tout ce qui comptait pour lui, était là, à ses côtés : ses parents. Il n'avait pas eu grand chose à quitter en Angleterre. Ça faisait bien longtemps que ses « amis » lui avaient tourné le dos. Mais il y pensait encore, souvent, et pleurait, parfois. L'Amérique l'avait accueilli, comme s'il n'avait pas été un monstre, comme si, durant la guerre qui avait été menée de l'autre côté de l'Atlantique, il n'avait pas fait partie du mauvais camp. Mais il n'était pas ici chez lui et sa terre natale lui manquait.

 

°°°

 

Les procès des Mangemorts avaient lieu très rapidement après la Victoire. Il ne fallait pas traîner. Draco avait été lavé de ses crimes : il avait reçu la Marque alors qu'il était encore mineur et les gens qu'il avait torturé… Eh bien, c'était eux ou lui, et quand on est encore un enfant, apparemment, faire le choix de survivre, ce n'est pas un crime. De plus, il n'avait tué personne. Pas même Dumbledore, alors que c'était là sa mission, et c'était visiblement suffisant pour l'innocenter. Narcissa Malfoy avait elle aussi été jugée. Elle était la femme du bras droit de Voldemort et la sœur de la « démente » Bellatrix Lestrange. Mais contrairement à son mari et sa sœur, Narcissa n'était pas une Mangemort reconnue (autrement dit, elle ne portait pas la Marque) et son seul crime était d'avoir assisté aux réunions de Mangemorts. Mais comme celles-ci se tenaient chez elle, contre son gré, il était difficile de l'envoyer à Azkaban pour ça. Surtout que le Survivant, l'Elu, le Sauveur, aussi communément appelé Harry Potter, dans sa grande bonté, avait fait comprendre au ministère que, sans l'épouse Malfoy et son mensonge, il n'aurait jamais pu vaincre Voldemort. Et la parole de l'Elu étant d'or, Narcissa Malfoy avait été lavée, elle aussi, de tous ses crimes. Mais le procès de Lucius Malfoy ne s'était pas déroulé si facilement. Il ne bénéficiait ni de son jeune âge, ni de la protection du grand Harry Potter, et ses crimes allaient être jugés à leur juste valeur. Et lui auraient valu le baiser du détraqueurs, si ceux-ci n'avaient pas radiés du ministère. En soi, depuis son dernier emprisonnement, on ne connaissait pas de crimes majeurs à Lucius Malfoy, pour la simple et bonne raison qu'il avait été largement rétrogradé –et que tout le monde le savait. Mais il n'avait pas purgé sa peine précédente et le fait qu'il se soit évadé lui offrait une nouvelle place en prison sans passer par la case départ. Mais, probablement grâce à la position qu'il avait dans la société et au ministère, à ces bonnes actions (même si elles avaient été faites pour de mauvaises raisons) qui consistaient en d'importants dons, et parce qu'Azkaban allait se remplir très rapidement - et surtout parce qu'il avait eu un brillant avocat- on offrit un choix à Lucius Malfoy : Azkaban pour 20 ans, ou l'exil –et la confiscation des biens de la famille Malfoy- à vie. Lucius aurait voulu choisir Azkaban. L'exil, il savait ce que ça signifiait pour sa femme et son fils, et il ne le souhaitait pas. Mais Narcissa ne lui avait pas laissé le choix, elle refusait que son mari retourne dans le lieu maudit qu'est Azkaban. Il n'y avait passé que quelques mois la dernière fois et en était revenu défait, vidé. Elle savait qu'il ne tiendrait pas vingt ans. C'était une condamnation à mort. Même sans les détraqueurs, Azkaban restait un lieu horrible où, quelque soit la peine, on ne sortait que très rarement vivant. Et Narcissa avait perdu trop de proches au cours de sa vie. Sa première sœur, d'abord, alors qu'elle était encore très jeune elle n'était pas morte, mais elle avait été rayée de la famille, et chez les Sangs-Purs, c'était pire. Puis ses parents ensuite, l'un après l'autre. Sa seconde sœur, qu'elle a d'abord perdu quand elle a été emprisonnée, puis quand elle est morte. Elle avait failli perdre son fils durant la guerre, et rien n'aurait pu être pire. Alors, non, Narcissa ne perdrait celui qu'elle considérait comme l'amour de sa vie. S'il était exilé, elle le serait aussi. Mais ils seraient ensemble, et ils vivraient.

Draco, bien sûr, aurait pu choisir de rester en Angleterre, de retourner, comme ses camarades, à Poudlard pour une ultime année (en réalité pour retaper leur septième année). Il avait l'âge de vivre sans ses parents. Mais s'il en était là aujourd'hui, c'était pour eux. Les –mauvais- choix qu'il avait fait, c'était pour eux : pour rendre fier son père (même s'il s'était lamentablement trompé sur ce point) et protéger sa mère. Pour Draco, sa famille –ses deux parents en somme- était tout. Alors il n'avait pas hésité une seconde et avait décidé de les suivre. Et puis, ce n'était pas comme si quelque chose le retenait en Angleterre. Il n'avait pas vraiment d'ami. Ceux avec qui il avait passé sa scolarité, qu'il connaissait depuis l'enfance, Vincent Crabbe et Grégory Goyle, n'étaient pas des amis a proprement parlé. Et… Vincent était mort, victime de son propre sortilège et Grégory avait refusé de lui adresser la parole depuis que Draco l'avait empêché de tuer Potter dans la salle sur demande. Il le considérait comme un lâche, et un traitre. Ce qui ne s'était pas arrangé après le procès. Pansy Parkison et Blaise Zabini aussi lui avaient tourné le dos. Ils n'avaient jamais été vraiment proche d'eux non plus mais depuis la guerre, ils étaient carrément devenus des étrangers. La seule personne au monde que Draco avait considéré comme un ami, il l'avait perdu. Il l'avait perdu avant Poudlard et Merlin sait qu'il le regrettait. Pourtant, c'était de sa faute. Il l'avait trahi et rejeté. Mais il avait eu besoin de lui dire au revoir, de lui dire qu'il était désolé, que ça avait été dur sans lui, et que jamais il ne l'oublierait. Il avait su que ce ne serait pas facile, mais il avait eu besoin qu'il sache. Alors la dernière chose que Draco avait fait avant de partir fut de se confronter à Théodore Nott.

- Draco ? Qu'est-ce que tu fais là ? demanda, avec grand étonnement et une pointe de haine, Théodore en ouvrant la porte du Manoir des Nott.

- Salut Théo… Je peux entrer ?

Après avoir pris une grande inspiration et avoir expiré avec rage, Théo s'effaça pour laisser rentrer Draco Malfoy.

- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il à nouveau.

- Je n'étais pas sûr de te trouver ici. Le Manoir… J'aurais pensé qu'ils..

- Ils vont le saisir, le coupa Théo. Mais comme, contrairement à toi, je ne suis coupable d'aucun crime, ils m'ont accordé le droit de l'occuper jusqu'à la fin de l'été, le temps que je retourne à Poudlard.

- Je vois. J'imagine qu'ils ont dû se dire qu'ils faisaient une bonne action.

- Qu'est-ce que tu fais là ? demande une troisième fois Théo, de plus en plus agacé.

- Je… Euh… Je…

- Est-ce que je suis en train de rêve ou tu bégaies ?

- Je pars aux Etats-Unis, Théo, et j'avais besoin de venir te dire au revoir.

- Alors ton père a fait son choix.

- Disons plutôt que ma mère et moi l'avons fait à sa place… Je sais que tu en veux à nos pères mais je ne peux pas haïr le mien… Je n'peux pas me résigner à l'idée de ne plus voir mes parents.

- Tu fais ce que tu veux, Draco. Ça fait longtemps que tu n'attends plus mon assentiment pour agir. Où allez-vous aller ?

- Aux Etats-Unis. J'ai été accepté à Ilvermorny.

- Ilvermorny, hum ? Ca va, tu t'en sors plutôt pas mal, déclara sèchement Théo.

- Théo… Ecoute, je sais que tu m'en veux énormément, et tu as toutes les raisons de le faire, mais je ne pouvais pas partir sans m'être excusé. Donc voilà, je suis désolée. Pour tout. Je sais que ça ne rattrapera pas les années perdues, mais c'est sincère. Je suis désolé d'avoir foutu nos rêves de gosses en l'air, désolé de t'avoir abandonné, désolé de t'avoir rejeté chaque fois que tu as essayé de faire un pas vers moi, désolé d'être devenu tout ce que tu détestes. Et je n'ai même pas les mots pour dire à quel point je suis désolé de ne pas avoir été là à la mort de ta mère…

Théo ne répondait pas. Il ne l'avait pas coupé mais ne répondait pas. Le regard qu'il avait posé sur Draco était indescriptible : il mêlait remerciements, ressentiment, déception, attente, haine et tant d'autres choses encore… Mais Draco était sûr d'une chose, ce regard, il ne l'aimait pas, et surtout pas chez Théo.

 

°°°

 

Mais il y avait tant de choses à se faire pardonner. L'amitié entre Théo et Draco n'avait pas été innée. Contrairement à ce qu'on aurait pu croire, après la chute de Voldemort, les Mangemorts qui avaient échappé à Azkaban, au lieu de s'éloigner les uns des autres pour éviter les soupçons, avaient continué à se fréquenter. Leurs enfants étaient inscrits dans les mêmes écoles et ils se retrouvaient aux cérémonies. C'est ainsi que Théo, Draco, Vincent et Grégory s'étaient rencontrés dès leur plus jeune âge. La hiérarchie au sein des Mangemorts avaient fait de Crabbe et Goyle Jr les sbires de Draco. Mais Théo et Draco… Ils n'étaient pas censés être amis. Nott Sr haïssait Lucius qu'il trouvait, probablement à juste titre, lâche et arriviste. Mais Draco et Théo étaient devenus amis, envers et contre tout. Leur amitié était belle et sans nuage -mis à part leurs pères respectifs- et promettait de durer éternellement. Et les garçons se voyaient tout le temps, à l'école et en dehors. Car si Lucius et William se détestaient et refusaient catégoriquement l'amitié de leurs progénitures, ce n'était pas le cas de Narcissa et Abigail qui s'entendaient très bien et qui, entre elles, pouvaient se réjouir de la chute du Seigneur du Ténèbres et de la vie qui s'offrait ainsi à leurs fils, sans qu'elles aient à craindre en permanence pour leurs vies. Elles avaient vu la fureur du Maître qui s'acharnait à tuer un bébé et avaient eu peur pour les leurs. Aussi, que Théo et Draco soient amis, était la preuve de la vie qui continuait et promettait d'être heureuse.

Et de la même manière que les mères, les garçons rejetaient quelque peu l'enseignement qu'ils avaient reçu. Ils avaient été élevés dans la haine de celui que le reste du monde appelaient le « Survivant » mais que leurs pères surnommaient secrètement « Le Fossoyeur », fils d'un traite-à-son-sang et d'une Sang-de-Bourbe. Il semblait être le mal absolu. Et pourtant, à l'école où ils allaient, qui -malheureusement pour Malfoy et Nott Sr- n'était pas réservée aux enfants de Mangemorts, les enfants considéraient ce bébé-qui-a-survécu comme un héros. Tous s'imaginaient devenir un jour ami avec le Héros qui avait leur âge, et qui, tel un messie, était appelé à revenir dans son monde. Draco et Théodore ne firent pas exception à la règle et rêvèrent, avec les autres, de rencontrer un jour Harry Potter et d'être choisis par lui. Mais entre eux, les rêves allaient plus loin. Promis à une scolarité brillante à Poudlard dans la célèbre maison Serpentard qui avait abrité leurs ancêtres depuis plusieurs générations, ils se mirent à espérer être envoyés à Gryffondor qu'on surnommait « la maison des héros ». La maison de ceux qui, de tous temps, ont combattu les mages noirs : de Godric Gryffondor à Albus Dumbledore. Il était évident que ce serait la maison d'Harry Potter, celui-qui-a-survécu-et-vaincu-le-Seigneur-des-Ténèbres-du-haut-de-ses-un-an.

Mais un beau jour, tout avait changé. Théo s'en souvenait encore parfaitement et ça lui faisait toujours aussi mal. C'était le 1er août 1991. La veille, Draco était allé avec sa mère acheter ses fournitures sur le Chemin de Traverse. Abigail n'avait pas voulu y aller car elle ne voyait pas l'intérêt de s'y rendre si tôt. Mais lorsqu'ils s'étaient vus le lendemain, Draco n'était plus le même. Il avait changé d'avis sur sa future maison, désormais il voulait aller à Serpentard. Le cœur de Théo s'était mis à battre un peu trop vite à cette annonce : pourquoi Draco reniait-il tous leurs rêves ? Le blond lui avait vaguement expliqué qu'il avait rencontré, chez Madame Guipure, un autre petit garçon -dont les incroyables yeux verts l'avaient visiblement marqué puisqu'il les avait mentionnés pas moins de sept fois- et que ce petit garçon était différent des autres, Draco l'avait senti tout de suite. Alors il avait fait ce que son père lui avait toujours appris, il avait fait son intéressant et avait cherché à le séduire –M. Malfoy lui avait appris à séduire les adultes, bien sûr (ses professeurs à l'école, son professeur de musique, et même les commerçants) pas les gens garçons de son âge, mais Draco avait eu envie de séduire ce petit garçon qui n'avait pas l'air d'être charmé par sa tête d'ange. Il lui avait alors montré ce qui faisait de lui un garçon de bonne famille, son éducation, sa lignée. Bref, il avait tout fait pour que le garçon veuille être son ami. Pour Draco, ça avait très bien marché mais il allait se rendre malheureusement compte, quelques semaines plus tard, que ce n'était pas du tout l'avis du petit brun aux yeux verts. Théo se rappelait avec une parfaite clarté les yeux brillants de Draco quand il lui avait parlé de ce petit garçon, et la douleur qui l'avait accompagné. Parce que ça lui avait fait mal. Mal de réaliser qu'il n'allait bientôt plus être le seul ami de Draco, peut-être même qu'il n'allait plus être son ami du tout.

Et c'est en effet ce qui arrivera. Les garçons, au désespoir de leurs mères, se virent de moins en moins durant le mois d'août. Draco ne supportait plus d'écouter Théo dire qu'ils devraient aller à Gryffondor, et Théo, lui, ne supportait plus les manières aristocratiques que Draco avait finalement adoptées. Ils ne s'étaient pas disputés mais quelque chose avait été cassé. Et Théo, dont le cœur était pur, sentait quelque chose de nouveau prendre possession de lui : la haine. Il détestait ce petit garçon qui avait changé son meilleur ami en un simple regard et la hâte qu'il avait de rentrer à Poudlard s'était transformée en la hâte de voir qui était ce démon aux yeux de jade. Et son cœur se brisa un peu plus lorsqu'il découvrit que le seul petit brun aux yeux verts de leur promotion n'était autre que… Harry Potter. Et si le cœur de Théo fut brisé, ce ne fut pas le seul. Draco ne le dit jamais, bien sûr, mais Théo le connaissait assez pour savoir que l'amitié qu'Harry Potter lui avait refusée avait détruit quelque chose en lui. Il n'avait pas été rejeté une seule fois, mais deux : par Harry Potter, le héros qui peuplait ses rêves d'enfant, et par Harry, juste Harry, le petit-garçon-de-chez-Madame-Guipure.

Et lors de la Répartition, si Harry Potter fut envoyé à Gryffondor, Draco et Théo furent envoyés à Serpentard, comme l'évidence le prévoyait. Mais Draco et Théo ne redevinrent pas amis pour autant. Cette chose qui s'était brisée en Draco ne cessait de grandir et bientôt il n'eut plus rien à voir avec le petit blondinet que Théo aimait tant. Ils haïssaient le même garçon, mais pour des raisons diamétralement opposées. Ou alors, les raisons convergeaient-elles. Théo n'était plus trop sûr. En tout cas, il était certain qu'Harry avait détruit Draco, et qu'Harry Potter détruirait, le temps venu, Draco Malfoy. Et ça, c'était impardonnable.

Les années avaient passé et même leur maison commune ne les avait pas rapprochés. Draco était toujours entouré de Vincent, Grégory et Pansy dont ils s'étaient pourtant tant moqués ensemble. Et Théo était toujours seul. Il ne faisait pas partie de « la bande à Malfoy »* (* la faute de français est volontaire) parce qu'il ne le voulait pas et parce que Draco ne voulait pas de lui. Il a vu, de loin, Draco faire tout ce qui était en son pouvoir -et à Poudlard, il en avait beaucoup- pour faire de la vie d'Harry Potter un enfer : il le faisait punir, l'insultait, lui et ses amis, se moquait de lui dès qu'il le pouvait il est même devenu attrapeur, juste pour s'opposer un peu plus à lui. Mais Théo n'était pas dupe : tout ce que Draco faisait, tout l'énergie qu'il y mettait, c'était juste pour qu'Harry Potter le regarde, le remarque. Pour qu'il n'oublie pas qu'il était –ou devait être- une constante dans sa vie. Il avait refusé son amitié ? Oui, et alors ? Draco avait trouvé un autre moyen, peut-être même meilleur, pour faire partie de son existence. Des amis, Harry Potter en avait plein. Mais un ennemi… Il n'avait que Draco. Et la jalousie, au fur et à mesure que les années passaient, grandissait dans le ventre de Théo.

Il avait, heureusement, échappé au Tournoi des Trois Sorciers, et il ne réalisa que deux ans plus tard la nature des vrais sentiments de Draco Malfoy à l'égard d'Harry Potter. Mais ça n'avait pas été réellement deux ans de répit. Car si Théo n'avait pas suivi le Tournoi, c'est parce qu'il avait perdu sa mère, le 13 novembre 1994. Son père le lui avait annoncé froidement dans une lettre, comme si ce n'était qu'un détail. Et c'est là qu'elle est née… la détestation de son père qui ne cessa de grandir ensuite. Il n'y avait pas eu d'enquête –on ne fait pas d'enquête pour la femme d'un « ancien » Mangemort- et Théo était persuadé que son père n'était pas étranger au décès de sa mère. Et comme si la douleur de l'avoir perdue ne suffisait pas, s'était ajouté à cela le fait que Draco n'avait rien fait. Il ne lui avait rien dit. Il était au courant, bien sûr, mais il avait fait comme si ce n'était pas grave. Lui aussi avait fait comme si c'était un détail sans importance. Et ça faisait mal, terriblement mal à Théo de voir que Draco semblait bien plus occupé avec ses badges anti-Potter.

Les mois avaient passé et finalement, ils avaient appris le retour du Seigneur des Ténèbres. Celui qu'ils croyaient morts. Après la cérémonie durant laquelle Dumbledore l'avait annoncé, Draco et Théo s'étaient croisés dans la salle commune. Ils avaient échangé un long regard, ils semblaient aussi inquiets l'un que l'autre. Théo eut la subite -et étrange- envie de prendre Draco dans ses bras, mais finalement celui-ci continua son chemin, comme s'il ne s'était rien passé. Et peut-être était-ce le cas, après tout.

Théo se renferma un peu plus sur lui-même durant la cinquième année. Il ne fut pas étonné d'apprendre que Draco avait rejoint la Brigade Inquisitoriale –forcément, la seule chose qu'il aimait plus que gagner des points, c'était pourchasser Harry Potter la Brigade devenait donc son occupation préférée. C'est cette année qu'arriva « l'événement » : la bataille du Département des mystères, et tout ce qu'elle avait entraîné. Quand Théo vit à quelque point Draco était dévasté par l'enfermement de son père, il décida de faire un pas vers lui :

- Draco… J'ai appris pour ton père. Je voulais juste te dire que je suis dé…

- Ta gueule ! Draco avait hurlé, la rage rendant son visage rouge.

Sous la violence des mots, Théo avait reculé de plusieurs pas, comme si Draco l'avait frappé. Une même rage résonna en Théo et c'est froidement qu'il lui répondit :

- T'es vraiment trop con, Malfoy.

C'était la première qu'il l'appelait par son nom de famille. Entre eux, ils avaient toujours interdit cette utilisation : ils étaient, ensemble, juste Draco et Théo. S'il restait quelque chose de leur amitié, ce fut détruit ce jour-là.

L'été passa et ils se retrouvèrent dans le Poudlard Express. Ils ne se parlèrent pas plus qu'avant et pourtant tout changea ce jour-là. Théodore était en train de lire, seul dans un coin, lorsque Blaise Zabini revint de son rendez-vous avec le professeur Slughorn. Il n'y eut rien de particulièrement étonnant à la conversation qui s'en suivit et pourtant, pour la première fois, Théo comprit. Peut-être était-ce la première fois qu'il ne refusa pas d'ouvrir les yeux, en tout cas, ça lui parut alors être une évidence. A la façon que Draco avait de prononcer son nom, à la jalousie étrange -et inexplicable pour qui n'aurait pas compris ce que Théo venait de réaliser- envers Ginny Weasley et surtout à ses yeux qui brillaient d'une lueur qui contredisait ses paroles. Draco était amoureux d'Harry. Ou Malfoy était amoureux de Potter. Ou bien les deux. Le garçon blond et rêveur, fils du bras droit de Voldemort, était amoureux du petit brun binoclard, qu'on appelait l'Elu. Et ce constat blessait Théo au plus profond de lui-même. Quelle chance avait-il face au Héros ? c'est la question qu'il se posa toute cette nuit-là, en pleurant. Et au matin, il réalisa que si Draco aimait Harry, lui aimait Draco. Deux amoures impossibles, à sens unique. C'était d'un tragique… Et tout ça, c'était de la faute d'Harry Potter. Théo était persuadé que sans lui, la relation qu'il avait avec Draco aurait évoluée parallèlement et les sentiments qu'il nourrissait à l'égard de son ancien ami, Draco les aurait aussi.

Aveuglé par sa jalousie, Théo interpréta mal la détresse de Draco cette année-là. Il la prit pour de la jalousie envers le couple que formait désormais Harry Potter et Ginny Weasley. Mais Draco était bien loin de sentiments aussi communs. Et si Théo avait voulu faire en sorte que Draco tombe amoureux de lui, il avait probablement raté sa chance cette année-là, tant le blond avait besoin d'aide et de soutien. Mais Théo le comprit bien trop tard et, lors de leur dernière année, ils furent plus éloignés que jamais. Théo ne prit pas part à cette guerre qui ne lui donnait qu'une envie : vomir mais s'il l'avait fait, il serait devenu officiellement l'ennemi de Draco et c'était peut-être aussi un peu pour ça qu'il ne l'avait pas fait. Entre être l'ennemi de Draco et se battre sous les ordres d'Harry Potter… rien qui ne poussait Théo à s'engager.

Suite à la Guerre, Théo avait suivi de loin le procès des Malfoy, il avait d'abord regretté que son amertume l'ait poussé à ne pas y aller : si Draco était condamné, il ne pourrait plus le voir mais finalement, le jeune Mangemort avait été innocenté et Théo s'était remercié intérieurement de ne pas y avoir assisté. Une partie de lui, qu'il essayait de faire taire, avait même regretté que Draco s'en soit sorti sans problème, il aurait mérité d'être puni. Pour l'avoir trahi, pour avoir détruit leurs rêves, pour être devenu un monstre. Et surtout, surtout… pour aimer Harry Potter.

 

°°°

 

Et c'est à toutes ces douloureuses épreuves que Théo pensait pendant que Draco s'excusait.

Comprenant que Théo ne répondrait pas, Draco reprit en s'approchant.

- Théo… Je te demande pardon. Tu n'as pas idée à quel point tu me manques… Je sais que ça ne sert plus à rien que je te le dise maintenant. Maintenant que tu me hais –et ce constat pesait à Draco bien plus qu'il ne l'aurait admis-, maintenant que je vais partir. Mais je ne peux pas quitter l'Angleterre sans t'avoir dit que tu m'as manqué à me rendre fou, que tu me manques encore et que tu manqueras probablement toujours. –Draco était dangereusement proche et le cœur de Théo, ce traitre, battait bien trop fort dans sa poitrine- Je ne t'oublierai jamais, Théodore. Tu es le frère que je n'ai jamais eu.

Théo recula avec violence. Cette dernière phrase, il aurait souhaité que Draco ne la prononce jamais. S'il pouvait la lui faire ravaler, il le ferait sans hésiter. Il avait cru que la haine qu'il avait ressentie suite au procès de Draco aurait pris le dessus sur ses sentiments, mais il avait fallu qu'il le voit à la porte de chez lui pour qu'il comprenne que ce n'était pas le cas.

- Théo… ? Draco attendait visiblement une réponse à son speech et il n'allait pas être déçu par celle que Théo n'arriva pas à garder pour lui.

- Mais tu vois… Le problème, Draco, c'est que ça fait bien longtemps que, moi, je ne t'aime plus comme un frère.

- Qu'est-ce que tu veux dire... ?

Draco avait peur de comprendre. Mais il était à côté de la plaque. Et Théo n'avait aucune envie de lui expliquer. A la place, la haine fit rage.

- Et à lui, tu lui as dit quoi ?!

- J'ai dit quoi à qui ?

- A Potter, tu lui as dit que...

- Je n'ai rien à dire à Potter ! Draco avait craché cette phrase avec une telle haine qu'elle fit trembler Théo.

- Il s'attend probablement à ce que tu le remercies avant de partir.

- Je n'ai rien à dire à Potter.

La voix de Draco était sourde, il avait du mal à canaliser sa haine et sa rage, et ça faisait ricaner Théo, même si dans le fond, il avait simplement envie de pleurer et d'hurler. Les choses auraient été tellement plus simples si Draco l'avait aimé lui.

- Il t'a pourtant sauvé la vie.

Un éclair de douleur et de terreur passa dans les yeux de Draco. Il n'avait pas envie de parler de ça à Théo. Ça lui faisait bien trop peur d'y penser. Il ne voulait pas repenser à la guerre, et surtout pas à cette salle en feu. Comment pourrait-il raconter à Théo la mort de Vincent, avec qui ils avaient grandi, et ses cris qui le hanteraient pour des années encore ? Comment pourrait-il lui faire comprendre la peur sourde qu'il avait ressentie en voyant la baguette de Grégory tendue vers Potter, prêt à commettre l'irréparable ? Comment pourrait-il lui expliquer qu'il avait serré Potter si fort sur son balai qu'il avait dû lui briser les côtes et qu'il aurait souhaité ne jamais le lâcher parce que pour la première fois depuis des mois, il s'était senti en sécurité ? Non, s'il y avait bien une chose qu'il ne pourrait jamais raconter à Théo c'était cette dernière partie. Car le raconter, le dire à voix haute, ça le rendrait réel, et Draco refusait par-dessus tout que ce soit réel. Alors il renifla avec mépris et reprit contenance avant de répondre à Théodore.

- Et j'ai sauvé la sienne en ne le dénonçant pas alors qu'il était chez moi. Et ma mère aussi lui a sauvé la vie. J'estime qu'on est quittes.

Mais Théo et lui savaient, même s'ils ne l'avoueraient pas, qu'Harry Potter et Draco Malfoy ne seraient jamais quittes. Parce qu'Harry lui avait pris quelque chose qu'il ne pourrait jamais lui rendre, quelque chose que rien d'autre n'équivalait. Et encore une fois, Théo aurait eu envie d'hurler face au tragique de la situation. Harry n'aimerait jamais Draco et Draco n'aimerait jamais Théo. Et ils allaient tous en souffrir, et probablement pour longtemps. Théo choisit alors de ne pas répondre. Il n'y avait rien à dire de toute façon. Un long silence s'installa. Et, finalement, résigné et avec une tristesse infinie au fond des yeux, Draco prit congé :

- Bon… Je ne vais pas t'embêter plus longtemps… Adieu, Théo…

Il se retourna et commença à partir. Théodore réalisa alors le caractère définitif de leur conversation. Draco partait en exil. Il ne le verrait plus jamais. Ce qu'il avait attendu pendant sept ans était arrivé. Draco s'était excusé. Il lui avait dit qu'il lui manquait. Il l'avait répété plusieurs fois, inlassablement, comme une litanie qui résonnait encore au creux du cœur de Théo. Alors Théo ne se contrôla plus.

- Draco, attends… lui dit-il en lui attrapant la main.

Il tira Draco à lui et leurs poitrines se cognèrent. Théo avait le souffle court et il aurait juré que Draco aussi. Alors, sans réfléchir, il l'embrassa. Draco fut probablement surpris mais il ne le montra pas et répondit avidement au baiser.

Les paroles de Théo résonnaient en Draco « ça fait longtemps que je ne t'aime plus comme un frère » et il comprit alors leur sens. Il aurait dû s'éloigner. Théodore Nott était la seule personne au monde dont il ne voudrait jamais briser le cœur –encore une fois- et il savait que s'ils continuaient ce qu'ils étaient en train de faire, c'est ce qui arriverait. Parce qu'au fond de lui, Draco savait que Théo n'était pas le brun qu'il désirait. Mais il avait toujours été égoïste et il avait besoin de cette tendresse que Théo lui offrait, ce contact qu'il n'aurait jamais avec celui dont il s'empêchait de rêver. Alors quand il sentit les lèvres de Théo quitter les siennes pour se retrouver dans son cou et ses mains se glisser sous sa chemise, il ne l'arrêta pas. Il savait qu'il regretterait quelques heures plus tard l'acte monstrueux qu'il était en train de commettre et que, cette fois, il n'y aurait plus de retour en arrière. Qu'il perdrait définitivement son fr… non, il ne pouvait plus l'appeler comme ça désormais, n'est-ce pas ? Qu'il perdrait définitivement son meilleur ami. Mais les mains et la bouche de Théo pansaient ses plaies pour l'instant et il n'avait pas envie de penser à autre chose alors il refoula cette petite voix loin au fond de lui.

Théo aussi savait que dès le lendemain, il regretterait. Que ce qu'il était en train de faire avec Draco, il ne l'oublierait jamais. Et que la petite voix qui lui disait « Il s'imagine avec un autre que toi » il l'entendrait probablement tout le temps qu'ils feraient l'amour, mais il n'avait pas envie d'y penser, lui non plus, alors il continua ses mouvements et les gémissements de Draco achevèrent sa volonté. C'était la chance de sa vie de lui montrer comme il pouvait l'aimer et à côté de quoi il passait en lui ayant préféré Harry Potter.

Draco se réveilla quelques heures plus tard. Son cœur cogna très fort dans sa poitrine quand il comprit qu'il était nu aux côtés d'un homme à la chevelure brune en bataille. Mais c'est un sentiment de dégoût qui remplaça la béatitude quand il se rappela que si l'homme ouvrait les yeux, ceux-ci ne seraient pas d'un vert extraordinaire qui semble sonder votre âme, mais d'un bleu foncé profond dans lequel on pouvait se noyer. Parce que ces yeux n'étaient pas ceux de son ennemi de toujours, Harry Potter, mais de celui qui avait été son meilleur ami, son seul ami, Théodore Nott. Et Draco ne voulait surtout pas avoir à affronter Théo suite à la nuit qu'ils venaient de passer. Parce qu'il la regrettait déjà. Il l'avait regrettée dès le commencement. Alors Draco remit ses vêtements en quatrième vitesse et transplana aussi rapidement.

Quand Théo se réveilla, une heure plus tard, un sourire niais éclairait son visage mais malheureusement, il n'y avait personne pour l'admirer. Il tendit le bras pour caresser la peau de son amant, mais tout ce qu'il trouva fut ses draps déjà froids. Et il eut beau agrandir ses mouvements sur le lit, il ne rencontra aucune autre peau que la sienne. Il ouvrit alors les yeux : Draco avait fui. Il eut envie de pleurer, mais à la place il hurla et lança des sortilèges de destruction sur tout ce qui se trouvait dans sa chambre.

Quand Draco arriva chez lui, poisseux et complètement débraillé parce qu'il était parti le plus vite possible, il tomba sur sa mère qui était affolée et en larmes.

- Draco ! Merlin, Draco où étais-tu ?! Lucius ! Lucius, il est là !

Narcissa eut envie de gifler son fils pour lui faire comprendre qu'il n'avait pas le droit de découcher sans la prévenir et de la laisser s'inquiéter comme elle l'avait fait cette nuit-là. Mais à la place elle le serra violemment contre lui. Draco regretta alors encore plus la nuit qu'il venait de passer, si toutefois c'était possible.

- Draco, voyons, comment as-tu pu faire une chose pareille ! Nous étions fous d'inquiétude !

Narcissa lâcha son fils et elle réalisa alors que l'état physique de son grand garçon n'avait rien à voir avec celui de quelqu'un qui vient de se faire attaquer mais que c'était plutôt celui de quelqu'un qui vient de… quelqu'un vient de… de prendre son pied ! Mais c'est impossible, n'est-ce pas ? Draco est un aristocrate. Il ne « s'envoie pas en l'air » comme ça. Surtout qu'il était allé voir Théodore Nott. Ou alors avait-il fait un détour ? Elle répéta, avec un peu plus d'impatience :

- Où étais-tu ?

- Comme prévu. Chez Théo.

Draco avait bien compris l'interrogation cachée de sa mère. Mais à quoi bon lui mentir ? Avant cette nuit, il avait réussi à se dire que l'angoisse qu'il avait ressentie chaque fois qu'il avait su Potter en danger de mort –c'est-à-dire très souvent-, que les rêves humides qu'il faisait d'eux deux ne signifiaient rien, qu'il ne s'agissait que d'un excès d'hormone dû à leur haine un peu trop physique. Mais ce qu'il avait ressenti cette nuit… Il savait qu'il ne le ressentirait avec aucune femme. Il regrettait que Théo ait été son partenaire parce qu'il avait compris les sentiments de son ami et qu'ils n'étaient pas réciproques, mais il ne regrettait absolument pas l'acte en lui-même. Il n'aurait jamais pensé qu'on puisse ressentir autant de plaisir et pourtant tout ce qu'il avait fait à Théo, tout ce que Théo lui avait fait, l'avait mis dans un état de démence des plus agréables et y penser l'excitait à nouveau.

- Toute la nuit ?

La voix de Narcissa était incrédule et Draco ricanna. Evidemment, Narcissa Malfoy, née Black ne devait pas croire que son fils unique puisse être gay. L'homosexualité n'était pas mal vue chez les sorciers, loin de là même, elle était plutôt bien acceptée mais les familles de Sang-Pur aristocratiques comme la sienne préfèreraient tout de même éviter ce genre de désagrément. Ce n'était pas très facile de faire perdurer une lignée quand on était un homme amoureux d'un autre. Et les Malfoy étant fils uniques de père en fils, si Draco assumait son homosexualité, alors les Malfoy mourraient avec lui. Mais Draco, là tout de suite, s'en fichait. Déjà parce qu'il était encore sous l'émotion de la nuit qu'il venait de passer, parce que dans quelques heures, ils partiraient pour les Etats-Unis et que là-bas personne ne connaissait les Malfoy et surtout parce que c'était justement la raison pour laquelle ils partaient : parce que là-bas, personne ne les connaissait, et qu'ainsi on ne les traiterait pas en pariât. Alors la lignée des Malfoy, elle avait bon-dos mais elle ne signifiait plus rien. C'est pourquoi il joua la carte de la provocation :

- Oui, j'ai passé la nuit avec Théo.

Narcissa lui lança un regard plein de dégoût et de déception mais quand elle prit la parole, Draco réalisa à quel point sa mère pouvait être étonnante.

- J'attendais mieux de toi, mon fils. Tu es un Sang-Pur. D'une famille noble. Si l'idée d'attendre le mariage peut paraître désuète à votre génération de dépravés, j'aurais pensé que tu étais assez intelligent pour comprendre que l'important était le fait de se préserver pour la personne qu'on aime. Et Draco, toi et moi savons parfaitement qu'il ne s'agit pas de Théo.

Draco n'eut pas le temps de répliquer et demander à sa mère de quoi diable elle parlait –même si son cœur battait déjà extrêmement fort contre sa poitrine parce qu'il se doutait très bien que sa mère avait compris et ce depuis longtemps qui était l'élu de son cœur (et il nota l'ironie de l'expression quand elle s'applique à Harry Potter) - parce que son père venait d'arriver dans le salon.

- Draco, ne nous refais plus jamais ça ! Est-ce que tu as la moindre idée de l'angoisse que l'on a vécue, de ce qu'on a imaginé ?!

Draco n'avait jamais vu son père si affolé et ça le fit pâlir encore un peu plus. Evidemment qu'il savait ce qu'ils s'étaient imaginé. Ils avaient dû le voir mort, victime d'une « purge de Mangemorts ». Il aurait voulu les prévenir mais la situation l'avait un peu pris au dépourvu.

- Je suis désolé, papa… dit-il seulement.

Et Lucius vit qu'il l'était sincèrement alors il n'insista et, à son tour, alla prendre son fils dans ses bras. Les Malfoy avait toujours été proches, mais depuis la fin de la guerre, et la peur de se perdre, ils l'étaient encore plus.

- Il est l'heure, fut la dernière chose que Malfoy Sr dit avant qu'ils ne transplanent par portoloin aux Etats-Unis.

Quelques heures plus tard, le Ministère avait récupéré le Manoir Malfoy et tous les biens de la famille.

 

°°°

 

Ça faisait longtemps que Draco n'avait plus pensé avec tant d'intensité à ces jours sombres. Il refusait de le faire. Il ne voulait pas se rappeler le visage plein de haine de Théo. Ni celui de Potter. Il avait réussi, durant ces cinq années, à contrôler ses pensées et ça faisait longtemps que le brun à lunettes n'avait pas pris possession de son esprit. Mais Draco savait qu'il l'aimait encore. C'était pour ça qu'il n'avait pas eu de relation, charnelle ou sérieuse, depuis son arrivée ici. Parce que les paroles de sa mère avaient résonné en lui et lui avait fait regretter, encore plus, la nuit qu'il avait passée avec Théo. Parce que si un jour il se passait quelque chose entre Potter et lui, il ne pourrait même pas lui offrir la preuve d'amour la plus physique qu'il soit : sa virginité. Mais c'était idiot, bien sûr. Il ne se passerait jamais rien entre Potter et lui. Déjà parce que Potter ne le désirerait jamais, ensuite parce que celui-ci était fiancé –Draco avait été abonné, jusqu'à cette fameuse annonce, à La Gazette du Sorcier- à la Weasleytte, et puis aussi parce qu'ils étaient séparés par un océan et qu'il y avait mieux pour débuter une relation. Mais loin de lui, et de tout, Draco avait pu pleinement accepté l'idée qu'il l'avait probablement toujours aimé et l'aimerait toujours. Quand il avait commencé à le désirer, au courant de leur quatrième année, il s'était rassuré en se disant que c'était une question de pouvoir parce qu'il n'y avait toujours eu que ça entre eux. Il avait aussi réussi à se convaincre que l'angoisse qui prenait possession de son cœur à chaque épreuve de Tournoi s'expliquait par le fait qu'il s'ennuierait si Potter mourrait. Il s'ennuierait, c'est tout. Il avait refoulé loin dans son esprit l'idée qu'il avait été plus blessé par le fait que Potter ait eu envie de le tuer en lui lançant un Sectumsempra qu'il ne l'avait été par ses blessures physiques. Il n'avait pas eu le temps de s'interroger sur sa peur lorsqu'Harry… lorsque Potter s'était retrouvé chez lui, entouré de Rafleurs. Et dans la salle sur demande… eh bien, il s'était inquiété pour Potter, certes, mais aussi pour lui-même, Crabbe et Goyle, donc ça ne comptait pas. Mais Draco avait dû arrêter de se voiler la face lorsque Voldemort avait débarqué à Poudlard, annonçant la mort d'Harry Potter. Il n'avait jamais ressenti quelque chose d'aussi violent qu'à ce moment-là. La douleur dans son cœur était telle qu'il s'était demandé si lui aussi n'était pas en train de mourir. Il avait voulu hurler mais aucun son n'était sorti de sa bouche. Il avait voulu pleurer mais les larmes refusaient de couler. Tout autour de lui avait semblé être en train de s'écrouler. Mais finalement, Potter n'était pas mort. Et ce simple constat l'avait fait tomber à genoux. Et puis, lorsqu'il avait fait l'amour avec Théo, ce n'était pas son visage à lui que Draco voyait mais celui de Potter et il avait dû admettre l'évidence : il était fou amoureux d'Harry. Parce que oui, c'était d'Harry dont il était tombé amoureux, du petit garçon aux yeux verts de chez Madame Guipure. Le héros qu'il avait adulé étant enfant, il le détestait parce qu'il lui rappelait tout ce qu'il n'était pas. Mais il était tombé amoureux du garçon à la fois timide et insolent, discret et remarquable. Il était tombé amoureux du joueur de Quidditch hors-pair et du sorcier extraordinaire qu'il admirait en secret. Il était tombé amoureux de la force et de la gentillesse, de la fragilité et de l'impulsivité. Il était tombé amoureux de tout ce qui faisait d'Harry… Harry. De tout ce qui faisait que, jamais, jamais, jamais ses sentiments ne pourraient être réciproques. Parce que Draco avait été touché par la bonté, la grâce d'Harry mais qu'est-ce qui en lui pourrait plaire à un être aussi exceptionnel ? Il était lâche et égoïste. Il avait été méchant, odieux, et il l'avait haï. Aux yeux de Potter, il était évident que Draco n'avait que des défauts. Et le pire, c'est que tout était de sa faute. Il avait tout fait pour que ce soit le cas. Alors finalement, peut-être qu'il était mieux ici. Loin de lui.

Draco avait prévu de rentrer en Angleterre à la fin de ses études, ce qui lui laissait encore deux ans pour se préparer à l'idée de le revoir. C'était le minimum vital. Mais là, déjà, il avait besoin de revoir son pays. Et c'était ce qui lui offrait Théo. « Venez vivre vos pires cauchemars au Manoir Nott lors de la nuit d'Halloween » c'était ce qui était écrit sur l'invitation que Draco n'avait toujours pas lâchée des yeux. A la main –et Draco reconnaissait l'écriture de Théo, même après tant de temps- avait été rajouté : « Le portoloin partira à 14h (heure de Boston) ». Il lui restait donc que quelques minutes pour se décider. Mais sa décision était prise déjà depuis longtemps. Depuis que le hibou lui avait déposé l'enveloppe, depuis qu'il avait vu dessus le sceau des Nott. Théo avait pris contact avec lui, cinq ans après, alors quelque soit la raison, Draco était d'accord. Ses parents s'étaient énervés : « Ca fait cinq ans que tu ne l'as pas vu et la dernière fois, tu lui as brisé le cœur ! Tu ne sais pas ce qu'il est devenu ! Si ça se trouve, c'est un piège. Peut-être qu'il veut te livrer au Ministère, ou même te tuer. La lettre ne vient peut-être même pas de lui. Draco tu n'en sais rien, tu ne peux pas y aller ! » Et ils avaient raison bien sûr. Mais il y avait une chance que Théo lui ait pardonné, alors il allait la saisir.

Il se rendit donc au salon, prévint ses parents de son départ, les enjoint de ne pas s'inquiéter, leur rappela qu'il serait rentré dans la nuit ou tôt le matin au plus tard (il partirait d'Angleterre en fin de matinée, heure locale et serait donc de retour avant 10h), et les embrassa. Puis il retourna à sa lettre et attendit sagement que le petit sceau s'éclaire en bleu pour appuyer dessus. L'atterrissage ne fut même pas difficile, du moins il ne s'en formilisa pas, car il était, enfin, de retour chez lui.

 
 
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