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Memento vivere
Par MeriRCastell
Originales  -  Romance/Surnaturel  -  fr
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L'oiseau et le gravier

Inspiration musicale : Yamuna, par Black Hill ; The Scent of the Old Ocean, par Those Who Ride With Giants.

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Le jour vient à peine de se lever lorsque tu sors de la forêt. Sans les troncs solides des chênes, des tilleuls et des épicéas, les collines qui s’étalent devant toi t’apparaissent si vastes que tu t’immobilises sans le vouloir, désorienté. Partout où tu regardes, le ciel est bleu glacé, tirant sur l’or blanc là où le soleil commence son ascension. Les nuages y dessinent de longues traînées frissonnantes aux couleurs de cendre.

Les yeux clos, tu laisses la lumière t’inonder pendant une minute ou deux. Tu respires profondément ; la froidure de l’aube s’infiltre dans tes bronches, remplit l’espace entre tes côtes. Tu lèves une main pour toucher la courbe de tes paupières. Ça y est, tu te réveilles enfin.

Tu t’étonnes de voir çà et là de délicates fleurs blanches percer l’herbe morte. La brise fait frémir leurs pétales, et tu fronces les sourcils. Est-ce déjà le printemps ? Tu viens tout juste de laisser la forêt derrière toi, mais tu serais incapable de te souvenir si les branches des arbres étaient dénudées ou non. Tu sais seulement que tu as commencé à marcher au début de l’hiver, et que tu ne t’es pas arrêté depuis. Ce n’était pas ton intention, mais il arrive parfois que tes jambes cessent de t’obéir — alors tu marches, inlassablement. Il se pourrait que tu n’aies tout simplement pas vu passer la morte-saison.

C’est possible.

Avec une légère difficulté, tu arraches ton regard des fleurs qui parsèment l’herbe. Tu aimerais bien trouver un endroit où t’asseoir après avoir parcouru tout ce chemin. Autour de toi, il n’y a que des collines jaunies, parfois quelques arbres. Les bourgeons donnent du relief à leurs branches. Tu aperçois au loin une autoroute qui scinde le paysage en deux. Les mains enfoncées dans les poches de ton vieux blouson, tu te diriges vers elle.

Le gravier crisse à chacun de tes pas, encore et encore. Ce bruit s’imprime, s’inscrit en toi jusqu’à envelopper ton esprit ; tu penses le gravier. Quelques heures ont dû s’écouler ainsi, car soudainement tu clignes des yeux et le soleil est sur ton épaule. Tu ne sais pas si des voitures sont passées à côté de toi, si des conducteurs t’ont interpelé. Si c’est le cas, tu ne t’en souviens pas, et ça ne t’apparaît pas très important.

Bientôt, tu remarques au loin un bâtiment de brique rouge à l’écart de l’autoroute. Peut-être te rapproches-tu d’un village ou d’une quelconque habitation rurale. Tu ignores si ça vaut la peine de s’y arrêter, mais tu n’as rien de mieux en tête, alors pourquoi pas. Sous tes semelles, le gravier semble approuver.

Entouré d’une large aire de stationnement, l’édifice comporte deux étages et plusieurs fenêtres. Une double porte de verre fait office d’entrée principale. Tu examines la façade, indécis. Au milieu des champs, il est étrange de voir une construction aussi moderne. Tu pourrais y pénétrer, juste par curiosité, mais tes pieds hésitent. Tu tournes plutôt la tête vers l’autoroute, qui te rappelle un interminable serpent au dos ponctué de lignes jaunes. Un serpent mort, sûrement, brûlé par le soleil. Marches-tu sur ses vertèbres ? Tu comptes les traits de peinture — un, deux, trois, quatre, cinq, jusqu’à ce que ton dilemme fasse à nouveau irruption dans tes pensées. Tu n’as aucune envie de t’adresser à des gens, même pour engager une banale conversation. Autant passer ton chemin. Néanmoins, l’ennui finit par l’emporter, et tu longes lentement le côté du stationnement pour te rendre à l’arrière de l’immeuble.

Tu ne t’attendais pas à y trouver quoique ce soit, alors tu es étonné de voir autre chose que des bouquets d’arbustes chétifs. À une vingtaine de mètres du bâtiment, un orme au tronc robuste surplombe un étang dont la surface est si paisible qu’il pourrait s’agir d’un miroir. Quelques mèches nuageuses se reflètent paresseusement sur l’eau. Il n’y a pas une once de vent pour les faire dériver à travers le ciel. Au loin, une colline plus haute que ses compagnes est couronnée d’arbres. L’air est frais et calme ; tu te surprends à sourire. C’est une bonne journée. Tu te demandes quel mois on est. Mars, peut-être.

Tu franchis la distance qui te sépare de l’orme et t’assois entre deux racines, face à l’étang. Les résidents de l’immeuble ne t’inquiètent pas ; s’ils jugent ta présence indésirable et qu’ils te chassent, tu iras ailleurs, c’est tout. Ça ne sert à rien de s’acharner.

L’écorce s’enfonce dans ton dos, insistante sans être douloureuse ; tu l’imagines mouler tes vertèbres, une par une, jusqu’à ce que tu fasses partie du bois. Tu as déjà vu ce genre de chose, des objets enchaînés à un arbre durant tant d’années que ce dernier a fini par les assimiler.

Le pépiement d’un oiseau te fait lever la tête. Une mésange ou un quelconque bruant, sûrement. Il devrait être facile de l’apercevoir entre les branches dénudées de l’orme, mais tu n’y arrives pas. Tant pis. Au moins, ce n’est pas un carouge à épaulettes ; tu exècres leurs appels stridents.

Tu étires les jambes et lisses le tissu légèrement rude de ton pantalon. Comme toujours, tu n’as rien à faire, et aucune pensée ne t’occupe l’esprit. Tu pourrais passer la journée ici, si personne ne te dérange. Somnoler un peu. Tu ne te souviens plus de la dernière fois où tu en as eu l’occasion, mais il ne serait pas étonnant que tu aies dormi en marchant.

— Oh, excusez-moi, je ne pensais pas qu’il y aurait déjà quelqu’un à cette heure.

Tu sursautes vivement lorsque cette voix rauque te parvient, et tu te retournes afin d’identifier sa provenance. À ta gauche se tient un jeune homme vêtu d’un long châle bleu nuit. Il porte un oreiller sous son bras et un épais bouquin dans l’autre main. Tu ne l’as jamais entendu arriver.

— Je peux m’asseoir quand même ? questionne-t-il.

Dans les branches au-dessus de toi, l’oiseau s’est remis à chanter. Ce bruit ne te dérangerait pas vraiment, d’ordinaire, mais tu considères brièvement la satisfaction que tu ressentirais si l’on enfonçait la mèche d’une perceuse dans ton oreille. Tu te forces à te ressaisir.

— Oui, bien sûr.

Il t’adresse un remerciement que tu n’entends pas réellement, puis s’installe au pied de l’orme. Un pan de son châle effleure ton coude. Sa proximité ne t’incommode pas ; au moins, il n’essaie pas de te faire la conversation. Tandis qu’il sort un étui à lunettes de la poche de sa chemise, tu songes qu’avec cet oreiller contre son dos, il lui faudra beaucoup plus de temps que toi pour être avalé par le tronc.

Tu ignores ce que tu ressentirais si la chair d’un arbre t’enveloppait, te recouvrait au point que plus un seul de tes membres ne soit visible. L’aubier et le bois de cœur. Les racines qui retournent les cadavres, profondément dans la terre. Pourrais-tu cligner des yeux malgré l’écorce ? Aurais-tu mal si l’on élaguait tes rameaux ? Serait-ce du sang ou bien de la sève qui s’écoulerait ?

Tu émerges brusquement de tes pensées au moment où des étourneaux sansonnets survolent la surface de l’eau.

L’eau — l’étang.

Les branches au-dessus de toi qui cherchent le ciel. Tu masses ta tempe avec lenteur. Oui, cet immeuble étrange, ça te revient.

Il n’est pas rare que tu demeures plongé dans de telles réflexions, assez longtemps pour que plusieurs heures passent et que tu n’aies ensuite aucun souvenir de ce que t’occupait l’esprit de la sorte. Tu serais incapable de dire si c’était important ou non, si ce n’était qu’une longue période d’absence. Qui sait.

Lorsque tu relèves la tête, tu constates que le jeune homme est toujours assis près de toi. Il ne semble pas avoir tourné beaucoup de pages de son livre. Ça te rassure : tu ne t’es pas égaré plus de quelques minutes. Tu t’attardes sur sa main droite sagement posée sur le papier. Un pansement adhésif couvre malhabilement ses jointures. Tu lances sans réfléchir :

— Cet endroit, c’est quoi au juste ?

Il relève la tête, surpris, comme s’il avait oublié ta présence. Ses lunettes glissent légèrement sur son nez, mais il ne fait aucun geste pour les remonter.

— Une maison de soins palliatifs, répond-il simplement.

Tu as déjà entendu ce terme avant, sans jamais comprendre de quoi il s’agit. Une sorte de clinique ou un centre pour les personnes âgées, probablement.

— Et on y fait quoi ?

— On y donne les services médicaux et psychologiques aux gens qui vont bientôt mourir.

Tu ne peux pas t’empêcher de grimacer un peu ; si tu l'avais su avant, tu aurais poursuivi ta route jusqu’à l’habitation suivante.

— Je pensais que tu avais l’intention de rendre visite à quelqu’un, commente le jeune homme.

— Je cherchais seulement un endroit où m’arrêter. Tu travailles ici ?

— Non, je suis un patient.

Tu hoches la tête, mécaniquement, mais quelques secondes passent et oh. Il faudrait que tu répondes — c’est à ton tour de parler, n’est-ce pas ? —, mais ta mâchoire se crispe, se verrouille, et le garçon finit par ajouter :

— Je m’appelle Iven. Enchanté.

— Il faut que je parte.

Tu te lèves sans lui accorder un regard, et tu espères qu’il te trouve assez insignifiant pour reprendre sa lecture sans se poser de questions.

 
 
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