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au 31 Mai 21 :
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Cause perdue
Par superdobby
Harry Potter  -  Romance/Drame  -  fr
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    Chapitre 4     Les chapitres     3 Reviews    
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Le Malheur des Hommes

Manoir des Malfoy:

Tic-Tac, Tic-Tac, Tic-Tac, Tic-Tac…

L'ancienne horloge égrenait lascivement les minutes et les heures, faisant résonner le bruit mécanique à travers le manoir silencieux. Sans cette preuve matérielle, quiconque aurait pu croire que le temps s'était arrêté. Aucune parole ne brisait le silence oppressant, aucun mouvement d'air ne faisait voler la poussière dorée, aucune présence ne marchait dans les corridors. Rien. L'antique bâtisse semblait morte, privée de son âme. Des fondations, des murs, des meubles. Mais c'était tout. Il n'y avait rien, à part ce tic-tac profond et mystérieux.

Personne n'aurait pu remarquer le jeune homme aux cheveux blonds presque blancs, aux yeux gris comme l'acier d'un poignard tranchant. Prostré dans un fauteuil près de la baie vitrée donnant sur le jardin, le regard perdu au loin, il semblait irréel. Une apparition, ou un rêve. L'envie de le toucher pour s'assurer de son existence reculait face au désespoir émanant du moindre pore de sa peau. Il rayonnait d'une aura sombre, aussi terrifiante que fascinante. En le regardant même furtivement, on comprenait alors et on cherchait automatiquement à s'enfuir loin de cet Hadès humanoïde.

S'il ne tranchait pas avec le décor quasiment mystique qui l'environnait, c'était tout simplement parce que lui même semblait mort. Oh, sa poitrine se soulevait de manière rythmique, certes, son cœur battait paresseusement, mais il lui manquait quelque chose. Son humanité sans doute… Et cela faisait peur, cela faisait mal. Sorte de créature céleste déchue, condamné à errer sans but.

Sa simple vue réveillait en n'importe quel être humain un profond sentiment de mélancolie. Et on se demandait alors, ce qu'avait pu vivre ce garçon pour perdre espoir à tout jamais. On avait envie de le secouer, d'hurler, de le gifler. Piètre tentative de reconnexion à la réalité. Et puis on se retirait, sur la pointe des pieds, pris de honte et de gêne face à ce spectacle trop vrai, trop pur. Représentation parfaite du Malheur des Hommes. Il portait toute la peine du monde. Fardeau rejeté par tant d'êtres plus égoïstes les uns que les autres. C'était simplement insupportable, trop simplement même.

Enfin, après une violente lutte intérieure, on réussissait à sortir. Mais ni le soleil éclatant, ni la douce brise ne parvenait à calmer ce désarroi. Ce spectacle observé en catimini comme un voyeur faisait prendre conscience de la dure réalité. Et rien ne serait jamais plus comme avant. Les couleurs sembleraient fades, les rires sonneraient creux et la vie ne serait plus aussi simple, aussi belle. Cadeau empoisonné enveloppé dans les pires mensonges. Puis, comme pour se rassurer, on apparenterait cela à un mauvais songe. On oublierait. On se tairait. Mais on ne parviendrait jamais à se débarrasser complètement de cette impression. Comme un cancer qui s'accroche, se moquant ouvertement de nos piètres tentatives pour l'éradiquer.

Alors on y retournerait, pour le voir, pour se droguer de nouveau à cette réalité brute. Mais il ne serait plus là. La pendule se serait tue. Le monde serait détruit. Et l'espoir… disparu dans les limbes. Et on se mettrait à rire, comme un damné, jusqu'à en mourir. Parce que cela fait trop mal, parce cela fait trop peur. Les ténèbres arriveraient. Car ceux qui ne peuvent se rappeler le passé, sont condamnés à le répéter. Encore et toujours. Comme une pièce qui n'en finirait jamais. Eternelle dans cette infini effrayant.

C'était le même manège depuis plusieurs jours. Réveil, cigarette, baie vitrée, cigarette, cigarette, cigarette, le jour qui s'achève, la peur qu'un autre s'éveille, cigarette, ersatz de sommeil. La même journée qui se répétait à l'infini. Jouer la comédie, encore et encore. Jusqu'à oublier qui il était vraiment. Jusqu'à s'oublier lui même et ne plus faire la différence entre le jeu et la réalité. Le rideau ne se fermerait plus jamais sur la scène. Condamné à faire semblant jusqu'à la fin de ses maigres jours. Mais le masque était déjà fissuré, le maquillage avait déjà coulé. Et la vérité se montrait au grand jour. Draco avait donc fini par laisser tomber le déguisement. Dans sa tour d'ivoire, aucun spectateur ne pouvait le voir. Alors la comédie s'était transformée en tragédie. Il avait perdu la notion du temps. Il ne savait plus quand il avait lâchement abandonné ce cœur qui battait pour lui. Des jours, des semaines, des mois ? Tout avait perdu son sens. Etait-on dimanche ? Ou bien mardi? Il l'ignorait et à vrai dire, il s'en fichait éperdument. Une seule certitude planait, autrefois menaçante, désormais rassurante. Le départ approchait à grands pas. Et tout serait alors fini.

Cigarette, encore une. Comme si fumer cette mort conditionnée lui faisait prendre conscience de sa propre vie. Comme si jouer avec elle le rendait, pour l'instant, plus vivant. Il n'était pas courageux, il n'était pas fort. Il avait donc fui, ravalant sa fierté. S'il ne pouvait estomper sa douleur, au moins pouvait-il l'éviter à Harry. Oui, bien sûr, et puis quoi encore ? Tu crois vraiment qu'il est en train de danser de joie à l'heure qu'il est ? Encore cette voix dans sa tête. Toujours la même. Jamais d'accord avec lui. Qu'il fasse bien ou mal les choses, elle prenait un malin plaisir à le faire culpabiliser. Lorsqu'il s'était rendu compte de ses sentiments pour le brun, la voix se moquait de lui. Lorsqu'il frappait ce corps, objet des désirs les plus inavoués, elle lui criait dessus. Il ne savait pas ce qu'elle voulait. A croire que le contredire était son seul but.

Il n'en pouvait plus de ces discussions à sens unique. Il était seul, sans personne à qui parler, si ce n'est lui même. Tu n'as plus que moi, ou toi selon le point de vue, il n'y a personne d'autre. Comme depuis toujours, lui semblait-il, il alla s'asseoir dans le fauteuil près de la fenêtre et laissa son regard se perdre au loin. L'horizon caché par le brouillard matinal, il se sentait désespérément perdu. Seul chez lui, entouré de brume, le monde n'était que désolation. Il ne fit donc pas attention à l'elfe qui lui apporta le petit déjeuner, seulement au tic-tac de la pendule qui lui prouvait que le temps existait encore.

Il grappilla quelques morceaux de toast et se servi du thé, non sans y avoir ajouté quelques gouttes de whisky. Quelques gouttes qui augmentaient en nombre, petit à petit. L'alcool lui faisait du bien. Il n'était alors plus que sensation, les émotions et les pensées n'existaient pas. Il entendit une petite voix aigue qui l'appelait, mais mettant cela sur le compte de son esprit malade, il ne se retourna pas et replongea dans la contemplation du ciel, une nouvelle cigarette entre les lèvres. L'elfe, tiraillé entre la peur de déranger son jeune maître et son devoir, mit quelques minutes avant de l'appeler une deuxième fois.

-M-maître ? S'il vous plait, je-je… Il glapit en entendant les articulations du cou du jeune blond qui craquèrent lorsque celui-ci tourna lentement la tête et posa ses yeux orageux sur lui.

-Oui ?

-Je suis désolé de vous déranger maître, mais j'ai… Enfin, j'ai…

-Oui ? Contrairement à ce qu'il avait craint, le serviteur n'entendit pas de colère dans la question de Draco. Juste de la lassitude et de l'épuisement. Il n'est vraiment pas comme son père, pensa-t-il.

-C'est que… Vous avez reçu une lettre, maître, et voilà, je-je la laisse ici. Encore désolé de vous avoir dérangé.

Sans qu'il ne comprenne pourquoi, le cœur du blond se mit à battre la chamade, sortant trop violemment de sa torpeur quotidienne. Le brusque afflux de sang lui fit tourner la tête et il dut respirer profondément par le nez pour chasser les étoiles lumineuses qui troublaient sa vision. Qui peut bien t'écrire mon tout beau ? Etrange non ? Il ne vaudrait mieux pas que tu la lises cette lettre, il faudrait que tu la brûles. Mais il était trop hypnotisé par cette enveloppe blanche qui semblait si innocente à première vue. L'adresse du manoir, inscrite d'une écriture ronde et brouillonne, ne faisait aucun doute quant à l'identité du destinateur. Et parfois, la seule façon de s'affranchir d'une tentation, est d'y céder. Il tendit la main vers l'enveloppe et commença à décoller le cachet de cire avec le plus de douceur possible. Mais tout à coup il n'eut plus envie de la lire. Rien qu'en touchant, en caressant le papier, il avait fait renaître ce pincement dans sa poitrine. Il ne voulait plus, il ne pouvait plus. Alors il la redéposa sur le guéridon, retournée de façon à ne pas relire l'adresse par inadvertance et il n'y toucha plus pendant trois jours, évitant la pièce comme si elle avait été irradiée.

Il immigra vers le bureau et le manège reprit son cours. Réveil, cigarette, fenêtre, cigarette, cigarette, cigarette, le jour qui s'achève, la peur qu'un autre s'éveille, cigarette, ersatz de sommeil. De nouvelles cigarettes. Il avait arrêté de les compter. Après tout, trop de nicotine et de monoxyde de carbone ne changeraient pas grand chose à la situation actuelle. Un peu plus, un peu moins. Quelle différence ? Au moins se sentait-il vivant en rejetant la fumée blanche hors de ses poumons. Quand il ne pourrait plus le faire, cela voudrait tout simplement dire qu'il aurait fini par passer l'arme à gauche, comme on dit.

Il faisait tout pour ignorer l'enveloppe qui reposait bien sagement dans le salon, prête à exploser à tout moment. Il avait beau prétendre qu'elle n'existait pas, la même petite voix sadique lui soufflait de temps en temps, quand il s'y attendait le moins, qu'il devrait l'ouvrir, que ce n'était rien qu'un stupide morceau de papier. Oui, pourquoi pas. Après tout, qu'est-ce que cela changerait ? Il serait finalement débarrassé de cette envie maladive. Mais Draco se répétait qu'il était plus fort que ça.

Ce petit mensonge dura trois jours jusqu'à ce qu'il cède. Il ne savait pas vraiment ce qu'il faisait, comment il était arrivé dans le salon, où il avait trouvé le coupe-papier ni pourquoi il déchirait l'enveloppe avec le plus de précaution possible. Ce n'est qu'une enveloppe, merde, fais pas le con ! Du papier, de la colle, de l'encre. Une banale enveloppe. Mais elle venait de Harry et cela changeait tout. Il avait l'impression de tenir un talisman ancien dans les mains, qui irradiait de chaleur et de bonheur. Il finit par sortir une simple feuille blanchie par le chlore. Elle était couverte de la même écriture malhabile qu'il avait toujours trouvé adorable (même s'il avait du mal à se l'avouer, trouvant cette réaction quelque peu « niaise »). Il lut les premiers mots sans aller plus loin pour se donner un sentiment de maîtrise, qu'il n'avait absolument pas. "Draco, tu es parti, tu m'as laissé à l'agonie et je ne…" 

L'instant d'après le jeune homme tomba sur les genoux, la main sur la poitrine, les yeux révulsés et le souffle court. La douleur irradiant de son cœur était si puissante qu'il était incapable de bouger, de crier ou même de bouger. Un elfe alerté par le fracas d'un vase en équilibre précaire sur un guéridon, envoyé au sol par les spasmes violents de Draco, se précipita vers son maître. Il voulut lui prendre la main en lui répétant nerveusement qu'il fallait le conduire à Ste Mangouste mais les membres de Draco tremblaient beaucoup trop. Le jeune homme réussit en puisant dans des forces inconnues à croasser quelques mots pour ordonner à l'elfe de ramener un médicomage le plus rapidement possible. La créature disparut en émettant un claquement sec après avoir allongé son maître sur le sol et avoir glissé un coussin sous sa nuque. La lettre de Harry finissait de se consumer dans la cheminée où Draco l'avait envoyée en tombant. Le « je t'aime » final partait en fumée, les yeux emplis de larmes du blond fixés dessus sans pour autant le voir. Un filet de sang coulait entre ses lèvres pâles.

A des kilomètres de là, sous le regard paniqué de ses amis, Harry se mit à hurler en tenant sa tête à deux mains, le froid d'une lame finement aiguisée lui vrillant l'âme, avant de brusquement perdre connaissance.

 

 
 
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