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Les Mômes
Par Mael
Tokio Hotel  -  Romance/Drame  -  fr
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    Chapitre 8     Les chapitres     3 Reviews    
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VIII. APPARTEMENT D'ANDREAS.

VIII. APPARTEMENT D'ANDREAS.


    Andréas tourna la clé dans la serrure, et s’effaça pour laisser entrer ses amis. Ni l’un ni l’autre ne connaissait le lieu où vivait le jeune homme. Ça faisait des années qu’ils se connaissaient, mais depuis toujours tout avait tourné autour d’eux. D’abord avec Devilish, ensuite avec Tokio Hotel. Andréas ne s’en plaignait pas. Il les aimait, il les respectait, et il estimait que leur vie était plus importante que la sienne. Il le pensait sincèrement. Il jeta le trousseau sur la table basse qui trônait au milieu du salon et les invita à s’asseoir. Ils le remercièrent de concert et prirent place dans les fauteuils rouges qu’il leur avait indiqué, puis patientèrent quelques instants, conservant un silence respectueux jusqu’à ce que leur ami se joigne à eux, apportant trois verres et une bouteille de vodka avec lui.

- Ça vous va ?
- C’est parfait, répondirent-ils en chœur.

Leurs yeux se promenaient sur les murs de l’appartement, sans savoir où se poser. Des centaines de photographies, la plupart en noir et blanc, couvraient la peinture claire, qu’on ne voyait d’ailleurs quasiment plus. Dessus, des souvenirs s’étalaient, reconstituant la vie d’Andréas. Bill et Tom étaient présents sur toutes, sans exception. On les voyait grandir, se distinguer l’un de l’autre, jusqu’à devenir ce qu’ils étaient aujourd’hui, ces jumeaux qui se contemplaient une dernière fois avant de se séparer pour toujours. Les photos plus récentes semblaient plus contrastées, la pâleur de Bill ressortant exagérément au milieu du décor. En laissant dériver leur regard, le couple remarqua deux guitares acoustiques fixées au dessus d’un tambourin qui semblait ne plus avoir servi depuis une éternité, et un peu plus loin, éparpillés sur une étagère, des dizaines de médiators usés et un micro. On aurait cru que l’enfance des jumeaux avait eu lieu ici. En vérité, Andréas avait tout récupéré, jusqu’à la moindre corde que Tom avait cassé dans ses premières leçons. Ce lieu était un sanctuaire.

- J’avais jamais remarqué que tu prenais autant de photos.
- Je sais rester discret.

Le jeune homme saisit la bouteille et les servit. Georg leva son verre.

- « Cul-sec, pour mettre le feu à l’intérieur » comme dirait Bill.
- Cul-sec, répétèrent Andréas et Gustav.

Ils portèrent le liquide à leurs lèvres et burent d’un coup, en grimaçant.

- Ouuh, j’ai le feu en moi.

Ils se mirent à rire. C’était d’abord un rire discret, puis il enfla, devint de plus en plus fort, et ils ne purent bientôt plus s’arrêter. Leurs têtes se balançaient au rythme de leurs éclats, leurs mains étaient crispées sur leurs côtes et ils devenaient rouges à force de manquer d’air. Ils n’arrivaient pas à se calmer. Ils burent trois autres verres, s’étouffant à moitié. Il n’y avait pas un bruit dans l’appartement à part leur rire qui résonnait partout. Et plus l’alcool s’insinuait dans leur sang, plus ils riaient. Et plus ils riaient, plus leur amusement était grand. Ils avaient des crampes aux joues et leurs ventres les faisaient souffrir.
Pour la première fois depuis des mois, ils se sentaient bien. Réellement bien. Bien sûr, ils n’avaient pas oublié les jumeaux, mais ils riaient pour l’avenir, pour cette hilarité qu’ils ne connaîtraient plus, pour les rires que Bill n’aurait plus jamais, pour le bonheur qu’il ne pourrait jamais leur offrir, mais qu’ils aimaient malgré tout. Ils riaient pour toute la musique qu’ils feraient encore et qui n’aurait plus le même goût, ils riaient pour les larmes qu’ils ne voulaient pas verser, ils riaient pour le deuil qu’ils n’avaient pas encore commencé. Ils riaient pour le chanteur pour lequel ils joueraient, des années plus tard, ils riaient parce qu’ils ne l’aimerait jamais autant que celui qu’ils étaient en train de perdre. Ils riaient parce que c’était douloureux mais que ça les rendait heureux. Ils riaient parce qu’ils vivraient, eux, et que toutes ces photos les aideraient à ne pas oublier que Bill était le gosse le plus ambitieux qu’ils aient jamais connu, et l’adolescent le plus beau qui ait un jour existé.

 
 
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