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au 8 Déc. 18 :
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La fourrure
Par MeriRCastell
Originales  -  Horreur  -  fr
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    Chapitre 1     0 Review    
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Le quartier disciplinaire ne t’effraie pas.

Les gardiens de chaque côté de toi t’emmènent au sous-sol, dans un couloir que tu n’avais jamais vu avant. La lumière crue des néons vacille au-dessus de vous. Tu notes que le plancher est en béton et non en linoléum ; les semelles minces de tes chaussures en grattent la surface tandis que tu avances, le menton levé. Tu n’as aucun regret d’avoir défoncé la gueule de ce petit con qui se croyait tout permis. Il l’a bien mérité et il le sait, les autres détenus le savent, les gardiens aussi. Fallait pas t’emmerder.

Au fond du corridor se trouve la cellule. C’est silencieux et ça ne te plaît pas. Le cerveau joue des tours quand il n’y a aucun bruit auquel se raccrocher.

Mais tu ne supplies pas. Tu ne demandes pas durant combien de jours on te laissera là-dedans. Pas question de montrer le moindre signe de malaise ou d’appréhension devant ces fils de putes.

— Tu connais le refrain, commence l’un d’eux en déverrouillant la lourde porte. Trois repas par jour, aucun appel ni droit de visite, et si tu ne fais pas chier, on te permettra de sortir avant la fin de la semaine.

Pendant que l’autre retire tes menottes, tu jettes un coup d’œil à la cellule. C’est sombre. Pas de néons au plafond, ou alors ils sont éteints. Tu es en taule depuis assez longtemps pour savoir que ça ne sert à rien de te demander s’ils ont le droit de t’enfermer dans ces conditions.

*

Pendant les premières minutes, tu n’entends que ta respiration, à laquelle s’additionnent les cognements sourds du sang dans tes tempes.

Les yeux grands ouverts pour capter le plus de lumière possible, tu poses une main sur le mur aux aspérités rudes et le longes avec lenteur. Tu comptes huit pas avant d’atteindre le coin. Tu continues en repartant de zéro. Après douze pas, tu t’attends à buter contre une couchette, mais tu ne rencontres que le vide. Cette cellule est-elle donc si grande ? Il te faut vingt enjambées de plus pour toucher le mur du fond. Il s’agit d’une sorte de paroi grillagée dont les ouvertures sont suffisamment larges pour que tu puisses y passer la main ; tu ne le fais pas, bien sûr, tu n’es pas complètement con.

Sur le mur droit, tu trouves finalement une toilette et un lavabo. À côté du robinet repose un de ces pains de savon industriel qui assèche la peau plus qu’il ne lave. Rien d’autre. Tu serres les mâchoires.

Tu es censé avoir un lit, une couchette, un truc sur lequel t’allonger ; tu suis à nouveau les murs de la cellule et tâtes le vide, en vain. Est-ce qu’ils s’attendent honnêtement à ce que tu dormes par terre ? Comme ça, comme un chien ? Tu reviens vers la porte et protestes par le judas :

— C’est quoi ce merdier ? Vous ne pouvez pas me laisser là-dedans !

Tu guettes une réponse, même une insulte ou une réplique cuisante qui t’assurerait que oui, bien sûr qu’on peut, on a tous les droits ici. Rien ne vient. Tu jurerais que le couloir est désert. Tu assènes un coup de poing rageur à la porte. L’impact te vrille l’avant-bras entier, électrise tes jointures déjà endolories. Lorsqu’il n’en reste que des pulsations sourdes, tu te permets de respirer à nouveau.

Tu reviens vers le centre en vacillant légèrement, déstabilisé de ne plus sentir la solidité rassurante des murs sous ta paume. Tu t’assois et replies tes jambes contre ton torse. L’air stagnant te colle à la peau et te fait frissonner. Tu ne disposes pas d’un simple drap. Tu fermes les poings, réussis à te dire que c’est une chance que les gardiens soient partis — une chance pour eux, oui, si tu les avais devant toi, tu leur démonterais la figure au point que même leur mère ne les reconnaîtrait plus.

*

Une cellule d’isolement. Tu l’as déjà fait avant. Tu sais comment résister.

Il ne faut pas compter. Ni chercher de quoi s’occuper. Encore moins parler à voix haute. Dormir est la meilleure solution pour faire accélérer le supplice, mais quand c’est impossible, il faut juste s’allonger et attendre. Laisser l’esprit ralentir. S’embourber. À partir de ce moment, tu arriverais à te convaincre que tu as passé toute ta vie à faire ça, à respirer et à fixer le mur en louchant. Tu n’aurais même plus envie de sortir. Tu oublierais un peu qui tu es, ce que tu fiches là et ce que tu fichais avant.

*

Même une fois que tes yeux se sont accoutumés à l’environnement, tu ne vois rien de plus. La noirceur est absolue derrière les barreaux de fer au fond de la cellule. Tu voudrais dormir, mais bordel, tu as les pieds glacés.

Pour tromper ton ennui, tu passes tes mains sous l’eau chaude et frictionnes lentement tes jointures. Elles sont encore enflées après la bagarre qui t’a mené ici, mais ça finir par s’estomper. Il faut juste un peu de temps, et tu n’as que ça, du temps.

Plus tard, on glisse un plateau-repas dans la fente de la porte ; le claquement métallique te réveille. Tu ignores quelle heure il est, mais c’est peut-être le soir. Tu n’as pas faim. Pas très étonnant, tu n’as jamais pu t’habituer à cette bouffe surgelée dégueulasse et à ces purées infectes. Matin, midi et soir pendant encore huit ans. De quoi avoir envie de te foutre une balle dans la tête — comme si tu n’avais pas déjà assez de raisons comme ça.

L’obscurité t’empêche de voir avec précision le contenu de ton assiette ; tu ne serais pas surpris si les gardiens en avaient profité pour cracher dedans ou y glisser d’autres cochonneries. La simple idée te lève le cœur. Quels fils de garces. Tu remues ce qui ressemble à du riz ou des pâtes avec ta cuillère, mais tu t’interromps en discernant un grattement au fond de la cellule — des rats, probablement. Tu n’en as jamais eu peur. Tant qu’ils restent de l’autre côté de la grille…

À quoi sert-elle, d’ailleurs ? À séparer ta cellule de la suivante ? Bien sûr que non, c’est le quartier disciplinaire après tout, mais rien de tout ça n’a de sens, alors… Ta curiosité ravivée, et tu délaisses ton plateau pour faire quelques pas hésitants vers la barrière.

Tu lances un « hé ! » qui t’apparaît fracassant, espérant effrayer les rongeurs. Au lieu de leurs couinements suraigus, un bruit sourd et bref se fait entendre, comme un renâclement. Peu importe ce que c’est, c’est près de toi. Tes muscles se contractent ; tu tends un bras vers l’avant et sursautes en frôlant le métal. Il y a quelque chose à ta hauteur de l’autre côté, une silhouette qui se découpe sur le mur, noire sur noir. Trop corpulente pour que ce soit un autre détenu. 

Tu t’en approches davantage, paume ouverte, même si tu sais que tu ne devrais pas. Une exclamation de surprise t’échappe lorsque tes doigts rencontrent quelque chose.

De la fourrure.

C’est rude. Chaud, aussi, mais rude. Loin du pelage d’un chat ou d’un chien. Les poils sont longs, une dizaine de centimètres peut-être. Lisses et drus.

Tu essaies de penser à des animaux à fourrure, des trucs massifs, plus qu’un blaireau ou un castor. Pas un cheval, pas un cerf non plus. Tu imagines les tigres et les panthères moins hirsutes. Un ours, alors. Un bison. Un sanglier. Un rat mutant. Tu as envie de rire. Ça te secoue le corps, s’en empare, incontrôlable, comme un frisson de début d’hypothermie. Tu vas devenir cinglé avant la fin de ta première nuit ici.

Peut-être qu’on se fout de ta gueule, tout simplement. Quelqu’un aura monté une fourrure sur le calorifère pour agiter, perturber les prisonniers.

D’un coup sec, tu tires sur la fourrure et un grondement menaçant retentit de l’autre côté du grillage. La vibration sous tes doigts — des haut-parleurs, sûrement. Quelqu’un dans une autre pièce qui t’épie avec une de ces caméras infrarouges et qui grogne dans un micro comme un attardé. Tu tires plus fort. À peine as-tu le temps de percevoir le déplacement d’air que ta main est happée dans un étau.

Des dents. Innombrables. Qui recouvrent l’entièreté du palais, les côtés de la langue, l’intérieur des joues, qui s’enfoncent dans ta peau sans la percer. Petites, comme des incisives d’enfants, oui, comme si on avait collé des dizaines d’incisives d’enfants partout dans sa gueule.

Le vertige s’empare de toi et il te vient une sorte de hoquet, un spasme d’horreur avorté. Tu n’as plus envie de rire, plus du tout. « C’est réel », t’entends-tu murmurer tandis que la salive de l’animal se met à couler le long de ton poignet.

Tu t’extirpes de son emprise en prenant appui sur les barreaux, et les mâchoires claquent si fort en se refermant que de l’émail éclate.

Il n’y a pas d’eau assez chaude, pas assez de savon pour te récurer le bras.

*

Tes somnolences épisodiques te laissent désorienté et nauséeux. Comme un début de migraine qui ne mène à rien. Tu fais rouler tes épaules et craquer ton cou, sans venir à bout des courbatures.

Tu crois entendre des pas dans le corridor, mais ils ne s’approchent jamais. Ne s’éloignent pas non plus. Tu les tolères pendant un moment, puis te traînes jusqu’au judas pour engueuler la petite ordure qui te nargue.

Il y a une pause de courte durée, puis les pas reprennent avec encore plus d’ampleur. Tu presses tes paumes sur ton crâne pour les faire taire, avant de comprendre que ce sont les battements de ton sang, décuplés par le silence.

*

Le temps. Poisseux. Les heures collent les unes aux autres. S’agglutinent comme pour se garder au chaud.

Tu ignores comment c’est possible, mais la bête demeure immobile en quasi-permanence. Tu devines qu’elle se relève parfois lorsque tu entends les craquements de ses articulations. Le reste du temps, il n’y a que son souffle lourd et calme. Aucune plainte, aucun signe d’énervement, pas même une odeur de déjections. Personne ne vient la nourrir ou lui apporter de l’eau fraîche.

Personne ne vient.

Tu ne dors pas beaucoup. L’ennui, le sol trop dur, le froid. Ce putain de truc de l’autre côté de la grille. Il t’observe, tu le sais. Tu ne vois jamais ses yeux mais tu le sais.

À une ou deux reprises, quand tu étais parvenu à te distraire suffisamment pour tomber dans un état d’engourdissement, tu es ramené à l’éveil par un bruit discret, mouillé — un bruit de salive. Tu imagines la bête qui lèche ses petites dents d’enfants, une par une.

Elle se nourrit de toi, d’une manière ou d’une autre. De ton sommeil, de ta chaleur. De ton angoisse.

Elle te mange sans même avoir besoin de te dépecer.

*

Un autre plateau-repas. Tu reconnais l’odeur de la viande bouillie, noyée dans une sauce fade. Il y a aussi un pain brioché pas trop sec, le genre de chose qui ne se produit qu’une fois par mois. Pendant que tu engouffres la purée de carottes déjà froide, on s’enquiert de ton état à travers la porte ; est-ce que ça va, est-ce que tu survis ? Tu ne sais pas si c’est un gardien ou un infirmier, ou même un type de l’administration ; tu répliques avec un « va te faire foutre » bien senti, et tu n’obtiens qu’un ricanement gras en guise de réponse.

Tu te dis que quand ça sera terminé, tu iras demander à Terry, ton ancien compagnon de cellule, s’il a eu vent de rumeurs à propos de cet endroit. Intrigué par ton histoire, il se contentera de répéter : « Un monstre ? Sérieux ? » Tu acquiesceras : « Énorme. » Terry rétorquera avec son petit sourire de connard : « Aussi énorme que ma bite ? », et tu réussiras à trouver ça drôle.

*

Tu t’agenouilles près de l’animal et lui présentes un bout de pain. Tu ne crois pas qu’il le mangera, tu veux seulement son attention. Un mouvement à peine perceptible, le contour massif de la fourrure qui se décale vers toi. Le souffle brûlant sur ton avant-bras te fait tressaillir. Les mots déboulent de ta bouche :

— Le mec que j’ai cogné, il est mort, pas vrai ? C’est pour ça que j’suis ici ?

Sa respiration s’anime, s’accélère. Perverse.

*

Tu marches de long en large en évitant de compter tes pas, en évitant encore plus soigneusement de t’approcher du grillage. Tu vas y revenir plus tard, quand tu auras trop froid pour résister, tu le sais, mais en ce moment tu te sens malade — l’estomac détraqué, les nerfs surexcités, même les os de travers — ; plus tu marches, plus tu as l’impression que les parois de la cellule se resserrent sur toi comme des tripes, que la bête respire par-dessus ton épaule. Comme si les barreaux métalliques se trouvaient toujours derrière toi, sur tes talons, sur ta nuque.

Tu manques d’air dans cette humidité inerte, les cognements effrénés de ton cœur se répercutent sur les murs, te martèlent les côtes, le front, la langue. La nausée. C’est le titre d’un livre, il te semble, tu ne l’as jamais lu mais tu imagines un volume imposant à la couverture de longs poils noirs et drus. Tes mains deviennent moites, et la moiteur devient froide. Tu penses alors à la fourrure, à sa chaleur vive dont tu as désespérément besoin, et bon dieu de merde tu écorcherais cet animal avec tes dents si tu le pouvais, si ça pouvait tout arrêter.

*

— Tu ne manges plus ? demande un gardien en récupérant le plateau auquel tu n’as pas touché.

C’est le troisième que tu refuses. Hier, ou la journée d’avant, tu ne sais plus, tu as pris une bouchée de viande, comme ça, plus par lassitude que par appétit, et tu as senti que quelque chose clochait.

Des poils. Dans la sauce, entre tes dents. Longs et épais. Tu as tout juste eu le temps de t’élancer vers la toilette avant de tout dégueuler. Du moins, tu penses que c’est ainsi que ça s’est passé, car tu craignais d’avoir cet arrière-goût huileux de mauvaise sauce dans la bouche, et tu ne goûtes que l’humidité et la saveur aigre de ta propre sueur.

*

Des pas dans le corridor. C’est réel cette fois, ils vont te faire sortir, tu le sens, tu n’es pas fou car tu plaques ta main sur ta gorge et les battements de ton cœur ne suivent pas le même rythme. Le déclic du verrou résonne, effroyable, autant que tout le reste, la chaleur te monte au visage et tu voudrais leur dire de faire attention, ce bruit pourrait réveiller la fourrure.

La lumière froide et jaunâtre des néons se rue à l’intérieur de la cellule, t’aveugle. Pris d’assaut par l’odeur de désinfectant qui emplit le couloir, tu avances sans résister, flanqué de deux gardiens. Un autre se tient en retrait, à côté de la porte.

Tu pourrais te retourner. Apercevoir la bête derrière la grille. L’obsession. Une impulsion traverse tes membres, tu esquisses un mouvement, mais tu remarques que le troisième gardien regarde dans la direction opposée. Obstinément.

Quelque chose te dit que tu ferais mieux de l’imiter.

 
     
     
 
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