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La fureur du fleuve
Par SarahCollins
Originales  -  Mystère  -  fr
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Jungle urbaine

PARTIE I : MICHELLE DUNCAN 

Bruce Springsteen - Jungleland

1

Jungle urbaine

À cette heure, je me demande si, de notre premier cri à notre dernier souffle, nous ne sommes pas toujours les mêmes, les mêmes personnes très exactement, mais beaucoup plus précisément, entièrement, profondément. Delphine de Malherbe

Allongée sur le lit, la tête contre sa poitrine, Michelle écoutait les battements précipités du cœur de son petit ami. Elle sentait sa main aller et venir dans son dos. Le drap glissait contre sa peau mate.

Légèrement somnolente, elle se força à rouvrit les yeux pour ne pas s’endormir. Elle le regarda. Pour une fois, il ne portait pas sa sempiternelle casquette et elle pouvait mieux voir les traits de son visage. Un jour, elle lui avait dit sur le ton de la plaisanterie qu'il se cachait derrière cet accessoire parce qu'il ne voulait pas qu'on découvre qui était le véritable Johnny Wright. Il s’était contenté d’éclater de rire, sans percevoir la question implicite dissimulée derrière le trait d’humour. Ou peut-être ne voulait-il simplement pas lui répondre. Il ne lui donnait jamais toutes les réponses. Johnny était comme ça.

Lorsqu'elle se redressa en prenant appui sur son torse, il tressaillit et ne put retenir un petit gémissement de douleur.

— Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit-elle, inquiète.

Il secoua la tête et se dégagea doucement. Mais elle remarqua qu'il se massait délicatement le côté droit.

— Ton beau-père ? devina-t-elle, les sourcils froncés.

Il ne répondit rien – ce n'était pas utile – et détourna le regard vers la fenêtre, en partie dissimulée par un rideau d’un jaune sale.

Peu désireuse de se donner en spectacle, elle avait eu la présence d'esprit de rabattre le tissu alors qu'ils s'embrassaient voracement, une demi-heure plus tôt. De toute façon, elle était d'avis qu'il n'existait rien de moins romantique que la vision des usines de Charlestown. La majorité ne fonctionnait plus depuis les années quatre-vingt-dix, date à laquelle les industriels avaient décidé de délocaliser vers le sud ou d'autres pays à faibles coûts de production. Désormais, elles ne constituaient plus qu'un cruel souvenir du glorieux passé de la ville et de son inéluctable déclin.

Michelle posa sa main sur le torse du jeune homme et suivit du bout du doigt la marque foncée qu'elle n'avait pas remarquée plus tôt.

— Si tu veux m'en parler ..., commença-t-elle, d'un ton hésitant.

Il se contenta de secouer la tête et elle soupira. Johnny ne voulait jamais parler de son beau-père. Même avec elle. Elle savait qu’elle ne devait pas le prendre comme une rebuffade, que cela ne signifiait pas qu'il ne lui faisait pas confiance mais elle ne pouvait s’empêcher de ressentir un petit pincement au cœur. Malgré tout. C’était puéril, songea-t-elle en se dégageant des draps. Comme si sa vie n'était pas déjà assez compliquée. Il n'avait pas besoin d'une petite amie susceptible en plus de tout le reste.

— Tu t'en vas déjà ? lui demanda-t-il en la voyant se relever.

Elle hocha la tête, en évitant de le regarder dans les yeux.

— Je ne devrais même pas être là pour commencer, lui expliqua-t-elle, tout en cherchant du regard ses vêtements. J'ai dit à mes parents que je partais directement chez Mary. Tu sais, pour réviser pour l’examen ...

Il pencha légèrement la tête sur le côté, adoptant une pause un peu maniérée, une main dans les cheveux.

— Oh, mais je lui ressemble comme ça, non ?

Elle éclata de rire et sortit du lit pour se rendre dans la salle de bain. Elle prit une douche rapide : elle ne voulait surtout pas risquer de croiser le petit ami allumé de la mère de de Johnny. Il l'avait toujours effrayée et ce bien avant qu'elle ne découvre la façon dont il traitait son beau-fils.

Lorsqu'elle revint dans la chambre, le jeune homme était toujours allongé sur le lit. Les yeux rivés sur son torse, elle se demanda comment elle avait pu ne pas remarquer plus tôt son bleu. Même sur sa peau noire, celui-ci ressortait d'une manière inquiétante.

— Tu es superbe, la complimenta Johnny.

Baissant les yeux vers la jupe fleurie qui effleurait ses cuisses nues, elle tenta de cacher sa gêne. En son for intérieur, elle remercie son héritage à moitié afro-américain, cette peau foncée qui l'empêchait de rougir pour un oui ou pour un non dès qu’elle mentait - pas comme sa mère.

Ils s'embrassèrent longuement et elle prit son visage entre ses mains.

— Ne fais pas de bêtises surtout, lui recommanda-t-elle, d'un ton mi-badin, mi-sévère.

— Oui, madame.

— Je suis sérieuse Johnny.

— Moi aussi.

Elle déposa un petit baiser sur sa joue, un peu inquiète comme à chaque fois qu'ils se séparaient après que son beau-père l'eut battu. Non, en réalité, elle s'inquiétait à chaque fois qu'ils se séparaient tout court.

C'était principalement pour cette raison que ses parents ne voulaient pas qu'elle le fréquente et que ses amies la couvraient quand elle voulait passer quelques instants seule avec lui. Ils pensaient que Johnny Wright n'était rien d'autre qu'un vulgaire voyou qui la détournait de ses études, une source d'interminables ennuis en somme. Pour eux, chaque seconde passée en sa compagnie l'éloignait de l'université et du brillant avenir qui lui tendait les bras.

— À demain alors, lui dit-elle.

Elle ne sentait pas rassurée quand elle descendit l'escalier. L'ascenseur de l'immeuble des Wright était en panne depuis plusieurs mois – elle avait plutôt l'impression qu'il n'avait jamais fonctionné – et une odeur indéfinissable flottait dans les couloirs aux murs tagués. Mélange de sueur, de cuisine et d'urine.

Elle fronça le nez et dévala à toute vitesse l'escalier.

Elle savait que Johnny ne l'écouterait pas. Il allait sans aucun doute sortir et passer la soirée à traîner dans les rues de Charlestown, avec ses amis. Et Dieu seul savait ce qui se passerait. Il ne lui avait pas réellement menti, se contentant de répondre à ses réprimandes sur le ton de la plaisanterie, comme s'il ne la prenait pas au sérieux, mais elle se sentait un peu peinée.

Il n'y avait pas vraiment de quoi pourtant. C'était un jeu habituel entre eux et, à vrai dire, elle n'avait pas été très honnête non plus.

Il était presque vingt heures, les immeubles alentour étaient nappés d'une lumière dorée mais il faisait encore chaud. On était en avril, presque en mai, et l’été pointait le bout de son nez. Des jeunes de son lycée disputaient une partie acharnée de basket, sous les yeux d'une dizaine de filles assises sur les bancs de bois branlants.

Elle traversa rapidement la rue, pour éviter qu'ils ne la voient ou ne l'apostrophent. Précaution inutile puisqu'ils ne lui prêtèrent pas la moindre attention, trop occupés par le match. Des brides de musique lui parvenait.

Les pas de Michelle la menèrent vers l'arrêt de bus, l'éloignant par la même occasion de l'appartement de son amie Mary, qui habitait le même lotissement.

OOoOo

Les trois adolescents, deux noirs et un blanc, se trouvaient derrière la vieille voie de chemin de fer, au croisement de la Neuvième rue et Forest Street. Il faisait sombre, personne ne viendrait les déranger. Les gens respectables ne traînaient pas dans ce coin réputé mal famé une fois la nuit tombée.

Johnny regarda son meilleur ami et acolyte Elijah pousser le jeune homme blanc contre sa rutilante voiture. Elle avait dû coûter plus chère que les salaires annuels de sa mère et de son beau-père réunis.

— Bon, voilà le deal, commença Elijah, d'une voix calme. Tu as deux options : soit tu paies tout de suite, soit je ...

Même dans l'obscurité, il voyait le visage de Tad perdre de ses couleurs. Dans les piscines, il passait pour coriace, un joueur incassable mais pour le moment, la vedette de l'équipe de water-polo du lycée rival n'en menait pas large.

Tad se tourna vers lui, comme s'il cherchait du soutien, mais Johnny évita son regard et se concentra sur son meilleur ami.

D'habitude, les rôles étaient inversés : il menaçait et jouait le méchant gangster pendant qu'Eli regardait et montait la garde. Mais cette fois, c'était différent. Leurs chefs, Cyrus et Lawrence Brooks, voulaient tester Elijah. Le jeune homme refusait de participer aux activités «sales» comme le cambriolage des maisons ou le trafic de drogues alors il leur rendait ce genre de ... services. Pour ce qui était de convaincre les gens de rembourser leur dette, il se débrouillait bien.

Et – Johnny en était convaincu – lorsqu'ils amenaient un malheureux dans l'un des entrepôts désaffectés d'Eastern Market, Eli détournait le regard et faisait semblant d'ignorer ce qui allait se passer, de ne pas entendre les cris du type en train de se faire tabasser ou de ne pas remarquer ses blessures quand il le ramenait.

— Écoute, mec, je n'ai pas l'argent, expliqua Tad, en tentant de contrôler les tremblements de sa voix.

— Et la dope ?

Quelques jours plus tôt, Tad avait essayé de les arnaquer en filant avec un paquet de stéroïdes anabolisants sans payer. Il devait faire face aux conséquences maintenant.

— Je ne l'ai plus.

Le visage de Johnny se fendit d'une grimace exagérée et il secoua la tête, comme si le jeune sportif venait de signer son arrêt de mort. En réalité, il était ailleurs. Il pensait à Michelle, se demandant ce qu’elle faisait en ce moment. Quelle serait sa réaction si elle le voyait ? Elle serait sans doute consternée. Elle ne comprenait pas cet aspect de sa vie, n’avait jamais compris. Rien d’étonnant à cela quand on voyait les parents aimants qui l’avaient élevée et qu’on les comparait aux siens.

De son côté, Elijah haussait les épaules, l'air profondément peiné.

— Tant pis pour toi alors. Je t'avais pourtant prévenu : le fric ou la drogue, mais là, tu me laisses pas d'autre choix ...

D'un geste si vif que Johnny eut à peine le temps de le voir, il sortit un petit couteau de sa poche. Il l'approcha du visage de Tad qui tenta aussitôt de se dégager. La lame brillait dans l'obscurité, à quelques millimètres de ses lèvres.

— Je pourrais te casser quelques trucs ou bien te refaire le portrait. Pas sûr que ta maman te reconnaîtrait après ça ...

La peau de Tad perdit le peu de couleurs qui lui restait. Mais Johnny savait que son ami ne le toucherait pas. Il ne le faisait jamais.

— Non, non. Écoute, j'aurais l'argent demain, je le jure !

— Et tu penses que je vais te croire sur parole ? Il me faut une garantie.

Nonchalamment, comme par pure coïncidence, ses yeux sombres se posèrent sur l'étincelante voiture noire contre laquelle ils s'appuyaient. Tad plissa les yeux, paniqué et Johnny secoua la tête. Visiblement, le véhicule lui importait un peu plus que sa propre vie.

— Non, non, pas la bagnole. Elle n'est pas à moi ! C'est celle de mon vieux.

Justement, répondit Elijah avec un sourire carnassier. Les clés ?

À contrecœur, il lui donna les clés de la voiture.

— Lundi, Tad. Même endroit, à sept heures, avant les cours. T'as intérêt à être là.

Le footballeur déguerpit sans demander son reste.

Elijah et Johnny rentrèrent au garage, au volant de la luxueuse voiture.

— La caisse vaut combien à ton avis ? demanda Johnny en passant sa main sur le tableau de bord. Cent milles ? Plus ?

Seul le silence lui répondit. Son ami conduisait, les mâchoires serrées, signe qu'il n'avait pas envie de parler. De toute façon, qu'y avait-il à dire ? C'était leur vie. Johnny savait qu'Elijah rêvait de quitter le gang et cette ville pourrie pour jouer au basket à la fac mais ce n'était qu'une chimère. Lui, il s'était déjà résigné et s'était fait à l'idée que Charlestown était parti intégrante de sa vie, passée, présente et future.

Le jeune homme s'enfonça dans son siège et regarda par la fenêtre. Ses pensées le ramenèrent à Michelle tandis qu'ils se dirigeaient en silence vers le garage.

Dwight Williams, un ancien membre du gang qui avait déjà fait ses preuves, avait racheté le garage des années plus tôt. Il leur servait parfois de quartier général. Dwight était le frère aîné d'Eli.

Lorsque les deux garçons rentrèrent, il était allongé sous une voiture. Cyrus Brooks, leur chef, était également présent et fumait une cigarette. Son crâne chauve, habituellement luisant, était caché par un béret vert.

— Alors ? demanda-t-il.

Johnny fit signe à Elijah. Légèrement mal à l'aise, comme à chaque fois qu'il se trouvait en présence de l'un des cousins Brooks, Elijah lui résuma leur entrevue. Cyrus ne semblait pas ravi mais il ne discuta pas. Il savait qu'Elijah et lui arriveraient à leurs fins et récupéraient l'argent. Ils y arrivaient toujours.

— Felix et Sharif se sont fait prendre, leur apprit Dwight, une fois Cyrus parti.

Couvert de graisse et d'huile, il réussit à s'extraire de sous la voiture et se redressa.

— Quand ça ? demanda Johnny.

— Il y a quelques heures. La police a débarqué ici et ils les ont arrêtés. C'était à propos du cambriolage de la semaine dernière, dans la baraque de Silver Lake. Apparemment, quelqu'un les a vus s'enfuir de la maison ...

Johnny renifla, méprisant. Il savait comment réfléchissaient les policiers et une bonne partie des habitants de cette ville.

— Ouais, c’est ça … Tu veux dire que quelqu'un a vu deux types à la peau foncée dans ce quartier de bourges et a décidé que c'était forcément des cambrioleurs.

Dwight haussa les épaules, pas d'humeur à polémiquer et regagna son bureau. Il ne le vit pas mais son frère le fusilla du regard. Elijah pensait qu', il s'était retrouvé «enrôlé» dans le gang à cause de son frère. Que les tatouages et les armes constituaient son patrimoine familial, au même titre qu'une résidence secondaire au bord de la plage, des yeux d’une certaine couleur ou une vieille montre.

Johnny n'était pas de son avis. Pour lui, leur appartenance au gang était davantage liée à leur lieu de naissance qu'aux activités passées des hommes de leur famille. Ils étaient nés du mauvais côté de la barrière, dans l'East Side plutôt qu'à Silver Lake, voilà tout. Fin de l'histoire.

— Heureusement qu'on n'était pas là, soupira Elijah. Les flics nous auraient probablement embarqués sinon.

— Ouais ... Enfin, ce n'est que partie remise, non ?

OooOo

Deliah Duncan se leva et quitta la chambre à coucher à pas de loups, avant de se rappeler que son mari n'était pas là et qu'elle pouvait faire autant de bruit qu'elle le voulait. Nelson travaillait comme chauffeur de bus et était de garde cette nuit.

C'était peut-être pour cette raison qu'elle ne parvenait pas à trouver le sommeil. Après trente ans de mariage, elle avait perdu l'habitude de dormir seule.

Elle venait à peine de se coucher, après une longue soirée de correction. Elle soupira de dépit, en repensant aux dissertations sur Othello. Les examens de fin d'année approchaient mais certains de ses élèves ne s'étaient toujours pas mis au travail, à en juger par la médiocrité des copies rendues.

Heureusement, sa fille Michelle n'était pas comme ça. Elle s'était toujours montrée aussi sérieuse qu'assidue. Élève en première, elle s'occupait le plus sérieusement du monde de ses inscriptions à la fac et mettait toutes les chances de son côté pour obtenir une bourse.

Deliah traversa le petit couloir et descendit l'escalier, agrémenté de photos de familles montrant l'évolution de leur fille unique à travers les âges. Elle alluma la lumière.

La pendule du salon indiquait deux heures vingt-trois du matin. Michelle, qui avait passé la soirée à réviser avec une amie, devait être rentrée maintenant. Il était parfaitement inutile d'aller vérifier si elle dormait mais bien entendu, elle décida d'aller voir. On ne savait jamais après tout.

Un léger sourire sur les lèvres, elle revint sur ses pas, remonta à l'étage et traversa une nouvelle fois l'étroit couloir.

Après l'adoption de Michelle, elle s'était promis de ne pas se comporter comme ses mères surprotectrices, complètement gagas devant le moindre exploit de leur progéniture et … c’était exactement ce qu’elle l'était devenue. Elle adorait montrer encore et encore la vidéo de ses premiers pas ou de ses spectacles de danse et n'avait jamais manqué un match de l'équipe de foot. Si sa propre mère la voyait ...

Nelson et elle rêvaient de devenir parents depuis tellement longtemps et cela avait été si difficile pour eux. Parfois, elle se levait la nuit et allait dans la chambre de Michelle, juste pour la regarder dormir, peinant à croire en sa chance après des années d’espoirs déçus et de chagrin. Mais c’était terminé maintenant, ils avaient mis cette triste période derrière eux et s’avançaient à trois vers l’avenir avec confiance et sérénité.

Il n'y avait que deux chambres dans la modeste maison des Duncan. Celles-ci se faisaient face au bout du couloir, à l'étage. Elle poussa doucement la porte de la chambre de Michelle.

Elle était vide.

Les sourcils froncés, Deliah pénétra dans la pièce et alluma la lumière. Le lit était fait, comme lorsque la jeune fille était partie, quelques heures plus tôt.

Le cœur battant à tout rompre, le professeur d'anglais s'assit sur le lit et réfléchit. Il fallait qu'elle se calme. D'accord, Michelle n'était pas rentrée à l'heure convenue mais cela ne signifiait qu'il lui était arrivé malheur. Elle était probablement restée chez son amie Mary pour la nuit.

Deliah secoua la tête. Non, Michelle aurait appelé avant de prendre ce genre de décision. Elle savait que sa mère s'inquiéterait si elle ne rentrait pas. Elle aurait forcément appelé.

Tentant de se raisonner, elle se leva et se rendit rapidement dans sa chambre pour récupérer le portable qu'elle y avait laissé.

Lorsqu'elle l'appela, elle tomba sur le répondeur de sa fille. Elle grimaça mais laissa tout de même un message :

— Bonsoir chérie, c'est maman. Je … je voulais juste savoir si tu allais bien et quand tu comptais rentrer. On avait dit onze heures et demie au plus tard, tu te souviens ? Rappelle-moi dès que tu auras ce message, d'accord ?

Elle raccrocha et s'assit sur le lit à moitié défait, dépitée. Elle aurait bien appelé Mary ou ses parents mais il se faisait tard.

Sans autre solution plus satisfaisante, Deliah décida d'aller se coucher. Elle aurait pu appeler encore et encore sa fille, ou déranger les Abbott au milieu de la nuit mais elle ne fit pas. La dernière fois que Michelle était rentrée en retard, elle avait presque rameuté la police et sa fille lui avait vertement reproché son côté mère poule. Il était vrai qu’elle avait parfois tendance à la surprotéger et s’inquiéter pour un rien.

Elle allait donc se coucher et passer le savon de sa vie à son adolescente de fille quand elle rentrerait. Et peut-être la priver de sortie pour faire bonne mesure aussi.

Il lui sembla qu'il ne s'était écoulé que quelques minutes quand on toqua à la porte. Mais son réveil indiquait presque six heures.

Michelle ou Nelson, se dit-elle en se levant d'un bond. Elle descendit à toute vitesse au rez-de-chaussée, toujours en pyjama.

Ce n'est que lorsqu'elle ouvrit la porte et se retrouva nez à nez avec deux policiers à l'air sombre qu'elle songea que ni son mari ni sa fille n'utilisaient la sonnette – ils possédaient l'un et l'autre leur clé. Deliah sut alors qu'il se passait quelque chose de grave.

 
 
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