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au 31 Mai 21 :
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Jour de Pluie
Par Kaddath
Pèle-Mèle  -  Humour/Erotique  -  fr
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    Chapitre 2     Les chapitres     6 Reviews    
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Chapitre 2 - Pluie

     J’ignore pourquoi je le reteins. Mais lorsqu’il fit mine de me donner un autre baiser, cette fois… je tentai de ne pas le repousser.                                                                                           

                                                                 ********               

      Ce vendredi là demeure l’un de mes plus beaux souvenirs, le jour où tout a basculé et est devenu possible. Pour la première fois depuis bien longtemps, j’ai pris conscience d’être moi et d’exister. 

     Et cette seule idée de me savoir vivant et de respirer, me paraissait merveilleuse. Ce souvenir est un baume sur mon cœur quand j’ai mal.        

     Aujourd’hui j’ai mal.        

     Dans le grand jardin aux allées bien entretenues, il n’y a pas âme qui vive. A part la mienne, peut-être, et encore. J’ai l’impression que le moindre souffle d’air va me la mettre à vif, la tailler en pièce et l’éparpiller aux quatre vents. Il suffirait d’un rien, pour que je m’écroule.        

     Le ciel est voilé d’épais nuages sombres. Les mêmes qui pèsent sur mon cœur comme une chape de brouillard. Un jour de pluie.        

     Je ne sais pas combien de temps je suis resté ici. Une raideur dans les muscles de mes jambes me rappelle que cela fait…longtemps que je suis assis sur ce muret de pierre.  Une seule chose est sûre : demain, deux ans se seront écoulés depuis ce vendredi là.

     Déjà.        

     Comme le temps passe vite. C’est peut-être mon plus grand regret. Que le temps soit passé aussi vite, sans que je n’aie pu le retenir.       

     Oui. Je regrette tellement.        

     Il faut que je rentre, à présent. De toute façon, Hugo ne sera plus jamais aussi loin de moi qu’il l’est maintenant. Il est trop tard.                                                                                  

                                                               *********       

     Le corps chaud d’Hugo pesait de tout son poids sur le mien, à tel point que j’avais l’impression que j’allais passer au travers du plancher, avec la sensation désagréable que des échardes me vrillaient les omoplates et m’engourdissaient les épaules.

     Malgré cette position plus qu’inconfortable, je restai tétanisé, incapable de bouger ne serait-ce qu’un doigt, grisé par ce déluge de sensations à la fois si nouvelles et si familières. Son souffle chaud parcourait mon visage, ma nuque, ma gorge, laissant des baisers rapides le long de ma joue, contournant mon nez pour finalement se perdre dans le renflement de ma paume d’Adam.        

     Ses mains exploraient mon torse, ses doigts frais passaient sous mon pull et caressaient la peau chaude de mon abdomen, tant et si bien qu’un long frisson prit naissance à la base de mon cou et se propagea jusqu’au bas de mon dos. On aurait pu croire que mon cœur essayait à tout prix de quitter le navire, s’écrasant bruyamment contre les parois de ma cage thoracique.    

      J’en avais le souffle coupé, et lorsque j’inspirai pour reprendre une goulée d’air, la langue d’Hugo s’y infiltra. Je n’avais jamais été embrassé ainsi. Il y avait à la fois de la bestialité, de la soif de désir, et  une certaine douceur ; l’alliance bizarre de l’amour sauvage et de l’attention la plus prononcée, le mélange sincère de l’affection mutuelle, du respect et de la découverte de l’inconnu.        

     Quelque chose avait cédé en moi, une porte qui jusque là avait demeurée cachée. Un déclic s’était produit, le déclencheur d’un nouveau symbole et d’un nouveau phénomène.        

     Mon cœur battait la chamade, propulsant mon sang à une vitesse fulgurante dans mes veines, faisant naître à l’extrémité de mes doigts des fourmillements agaçants.        

     J’étais électrisé, et mon un conflit intérieur naissait entre mon corps et mon cerveau, le désir à la fois de continuer contre la voix de la raison qui m’indiquait en néons rouges clignotants :     ATTENTION DANGER.        

     Regardez- moi ça. Le petit Daniel en pleine crise d’identité.        

     Pathétique.        

     C’était donc ça, s’accepter. Faire un bond en avant et franchir un gouffre dont on n’aurait jamais connu l’existence qu’au dernier moment ? Maintenant, je ne pouvais que prendre mon courage à deux mains, et sauter.        

     Dur.        

     Les mains de Hugo descendaient de plus en plus bas, se rapprochant dangereusement de l’endroit fatidique, passant le long de mon abdomen, et descendant jusqu’au niveau des cuisses et…        

     Mon pantalon  commençait à devenir bizarrement étroit. Tout convergeait vers le bas de mon corps, et mon souffle se faisait erratique.        

     Stop.  Temps mort ! Arrêt de jeu !       

     Tout allait trop vite. Je devais prendre une décision qui changerait radicalement mon existence maintenant, et il me fallait du temps. Je ne savais pas encore si j’étais prêt tout de suite à faire un acte qui transformerait toutes mes convictions et mes suppositions pour le restant de mes jours, ou si je devais attendre encore un peu. Il me fallait encore du temps.         

     − Hugo. Arrête un peu s’il te plaît.        

     Il n’avait pas l’air conscient du trouble qui m’avait saisi, et ses lèvres continuaient à rechercher les miennes avec ardeur. Son poids commençait sérieusement à se faire ressentir. J’étais sûr d’avoir des échardes enfoncées dans le dos, qu’il faudrait probablement retirer à la pince à épiler.                        

     ** Note pour plus tard : Acheter un tapis, ou faire poser de la moquette **       

      Je le repoussai avec un peu plus de conviction, et enfin, il consentit à lever les yeux vers moi. Je savais que je devais être rouge comme un poivron trop mûr, les yeux brillants de larmes aussi sans doute, bref, un tableau pas vraiment flatteur, mais je m’en fichais à cet instant là comme de ma première paire de chaussettes − avec un motif de Winny l’Ourson si je me souviens bien – mais là n’était pas la question.                 

      − Ce n’est pas toi, Hugo, soufflai-je. J’ai juste besoin … de plus de temps.  C’est tellement… bizarre.

     Je ne m’étais vraiment pas attendu à ce que la situation m’échappe à ce point.        

     Mais je savais que je me mentais à moi-même.

    « Que la situation ne m’échappe » : c’était risible. La situation m’échappait toujours, que ce soit pour une histoire de cœur ou d’études mal choisies.  Bizarrement, j’avais aussi l’impression de jouer la victime.        

     « Et si… »       

     La voix était revenue, mais étrangement, elle avait pris les intonations que j’aurais plutôt imaginées pour … Yoda.        

     Là, je crains.        

     « Pour une fois, lâcher prise tu devrais ».        

     Ok. Je devais vraiment arrêter mon délire « tous les personnages de tous les livres/films sont devenus réalité ».       

     Je ne savais pas quoi faire. Pourtant, il fallait prendre une décision maintenant, ou demain nous y serions encore.        

     Le problème de cette histoire était qu’Hugo me prenait au dépourvu. J’aurais d faire un peu plus attention à toutes ses manies, ses faits et gestes. Je ne me serais jamais douté  qu’une telle chose aurait pu se produire un jour.

     Je ne voulais pas qu’il arrête pourtant, je voulais sa bouche, ses lèvres, ses mains… je voulais qu’il continue à m’explorer en douceur, en faisant naître tous ces frissons qui descendaient le long de mes vertèbres.        

     Et en même temps j’étais terrifié. Terrifié de ce que les conséquences de cet acte auraient sur ma vie en général, les répercussions qui s’ensuivraient. Et surtout j’avais peur de n’être plus celui que je pensais être. J’avais toujours eu des convictions, et cette situation les faisait voler en éclats. Et je ne voulais pas sortir de mon lit douillet, avec toutes ces pensées rassurantes et faites sur mesure, qui me permettraient de vivre dans un monde ou les limites seraient clairement établies, et une norme constante obligatoirement respectée par la population.        

      Wow. Minute. J’étais en train de constater que je préférais un monde stéréotypé où une poignée de gens décideraient du mode de vie de la majorité, prônant le conformisme et le moulage,  et reléguant la diversité au rang d’anomalies, plutôt qu’un monde ou la liberté de choisir serait notre plus grand trésor.          

     − Avoues que tu ne déteste pas ça.        

     Le murmure d’Hugo me tira de cette plongée intérieure. Non. Non il avait raison, je ne détestais pas ça. Mais je ne l’aurais avoué pour rien au monde.        

     Et puis j’en avais pour une fois assez de commander ma vie. Je savais que cette journée allait changer bien des choses, et je voulais ressentir cette impression de nouveauté, de découvrir enfin un autre monde. Une autre vision des choses. Il fallait seulement que je réussisse à admettre l’inadmissible, ce qui aurait été impensable à peine quelques heures auparavant.      

     − Qu’est-ce que ça changera dans nos relations ? lui demandai-je.        

     Je n’avais aucunement l’intention de le perdre de vue après ça. Pour moi, il resterait toujours Hugo, même si les rapports entre nous seraient peut-être un peu plus tendus, notamment pour certains sujets quelque peu délicats.        

     − Pourquoi devraient-elles changer ?        

     Il ne semblait pas comprendre pourquoi je posais la question. Chez lui, tout était toujours simple, et le mot d’ordre était que dans la vie il y avait une solution à absolument tout.         

     Impitoyable.        

     Comment lui expliquer quelque chose qui ne semblait même pas lui effleurer l’esprit ? Mon sentiment de gêne peut-être ? Ou le fait que tout ça était trop soudain et trop nouveau pour moi ?       

     J’avais bien sûr quelques notions, j’étais certes stupide, mais pas à ce point. Qui n’avait pas vu le secret de Brokeback Mountain ?        

      Mais la réalité était toute autre. La réalité était que j’avais la frousse, je savais que quelque chose changerait dans mes rapports aux autres. Je n’aurais plus le cocon confortable dans lequel je m’étais vautré toute ma vie sans me poser de questions, maintenant il faudrait que je sois le seul à assumer mes choix, à prendre mes propres décisions; en clair je devais grandir.        

     Et je devrais le faire seul.        

     O monde cruel.        

     − Hugo. Tu es sûr que tu ne veux pas retourner avec Léna ?        

     Il se redressa de toute sa hauteur (sept centimètres de plus que moi exactement) et haussa un sourcil, ce qui avait le don de m’agacer prodigieusement.        

     Fini l’impression de chaleur se répandant le long de mon corps, envolée la magie de l’instant. Il ne restait que le goût amer de l’adrénaline et celui de la peur dans ma bouche asséchée.         

     − Léna n’a jamais été aussi intéressante que toi.       

     Il me fit le coup du sourire « spécial Colgate », pendant que je détournai le regard. Si mes joues devenaient un peu plus rouges encore, elles exploseraient.        

     Il me tendit ensuite une main que j’acceptai, et me hissa jusqu’à lui. Puis, sans même me demander mon avis, il me prit par la main pour m’entraîner vers le canapé, ou il s’affala avec la grâce d’un phoque.

     Ce qui vaut toujours mieux que la grâce d’un paresseux, me direz-vous.       

      « Et maintenant ? Lâcher prise tu vas ? »       

     Je m’abstins de répondre à Yoda pour le moment. Il fallait d’abord que je me fasse à l’idée que deux choses incroyables étaient en train d’arriver :        

     I /Hugo était gay, il m’aimait et voulait me le prouver. Ok.        

     II/ Ma conscience était apparemment un maître Jedi à la sagesse incommensurable.        

      Moins Ok.        

      C’est officiel. Je n'étais plus moi-même.        

     Et ce n’était pas une sensation trop désagréable.

 
 
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