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L'Ataraxie
Par Nehemah
Originales  -  Mystère/Fantaisie  -  fr
13 chapitres - Complète - Rating : T+ (16ans et plus) Télécharger en PDF Exporter la fiction
    Chapitre 10     Les chapitres     13 Reviews    
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L'instant d'éternité

Chapitre 9 : L'instant d'éternité

 

 

 

La traversée de Ponthos s’était faite sans embuscade. Aucun Odiniste n’avait été trouvé et pour cause ; l’image des barbares sanguinaires n’était peut-être pas la bonne, aussi ces guerriers auraient-ils pris peur en voyant la neige éternelle disparaître et la retraite se révélait certainement obligatoire : femmes, enfants, familles… Que deviendraient-ils ?

Nezha en arriva à se demander, si tel était le cas, pourquoi devait-il mener une guerre envers des gens suffisamment civilisés pour penser d’abord à ceux qui leur étaient chers ? Mais il n’était pas bon de penser à ce genre de choses avant d’entamer une série d’échanges brutaux.

Le rouquin admirait la Chaîne des Démons, nue, elle était à deux pas ; juste entre les montagnes et le fleuve, une vaste plaine allait servir de champ de bataille. Elle était aride, la neige ne semblait jamais l’avoir recouverte et les rocailles qui la jonchaient empêcheraient certainement des chevauchées trop fulgurantes.

Une brise secoua les cheveux du jeune bûcheron. Il serra ses dents, comme le fait chaque orateur avant un long discours. Les nuages, totalement dissipés, avaient laissé la place à un soleil de plomb, qui torturait le jeune homme. La chaleur énervait les soldats, bien que le nombre de fantassins de Thanatos fût d’une quantité faible. Les nécromanciens étaient habitués à porter leur toge en n’importe quelle situation, et la chaleur ne les embêtait pas tant que ça.

Ce qui torturait Nezha était cette désagréable sensation d’avoir déjà vécu cette scène. Cette luminosité intense, une chaleur suffocante… Le goût du sang à venir… Le cadre lui évoquait un évènement d’une dizaine d’années auparavant… Une étrange odeur de poussière flottait jusqu’à ses narines et lui rappelait presque le dallage d’Eros lors des Ataraxies précédentes.

Le temps d’un battement de cil et il lui sembla que le paysage venait de se métamorphoser.

Le crépuscule accusait la fin de journée et une encre rouge tachait assez grassement le ciel. Les chevaux s’excitaient, notamment celui d’Abend, qui faillit envoyer son maître à terre lors d’une ruade imprévisible. La chaleur, malgré l’affaiblissement de la lumière du soleil, ne baissait nullement, et octroyait à ce terrain l’impression d’être un gigantesque bouillon. Derrière, les bateaux qui avaient servi au transport des troupes remuaient dangereusement sur Ponthos, agacé, et dont les eaux le traduisaient par une certaine sauvagerie croissante. Ces bateaux venaient par ailleurs d'arrimer les nombreux cercueils qu'ils contenaient et qui fleurissaient jusqu'à devenir un cimetière.

Il y avait du bruit qui se levait, un ronflement, au loin, derrière, sur les côtés. Un roulement de tonnerre, sans nuage, une vibration du sol, sans monstre. Un souffle violent secoua les cheveux de Nezha.

Ce dernier aperçut un homme chevaucher en sa direction ; il ne faisait pas partie de son armée mais de celle d’Eros.

-Je tiens un message de la plus haute importance à délivrer à Nezha, dit-il. Lotus, général d’Eros, veut vous faire part du plan de combat qu’il a dressé.

-Je vous écoute, rétorqua le rouquin, prudent.

-Tout d’abord, les barbares Odinistes ont été repérés à deux endroits par nos éclaireurs : beaucoup d’archers et de renforts sont postés dans les montagnes elles-mêmes, et une autre partie, à pied, semble prête à utiliser les épées. Cette configuration leur donne l’avantage du terrain. Par conséquent, votre objectif est, à l’aide de vos nécromanciens, de dresser un bouclier magique entre la Chaîne des Démons et la plaine où aura lieu les combats.

-Et comment s’y prend-on pour contourner ?

-Dans un premier temps vous chevaucherez vers la Chaîne des Démons, normalement. Il s’agira d’une diversion qui aura pour but de faire croire à votre avancée ; pendant ce temps, nos troupes d’Eros viendront de l’autre côté, et fonceront dans le tas, afin de retenir un maximum de barbares. Après cela, vous aurez champ libre pour partir au nord vers les montagnes pour de bon et dresser votre barrière, en faisant au mieux pour éviter les flèches et les renforts. Après cela, nous comptons sur votre aide pour venir vous occuper des barbares avec nous, en redescendant donc vers le sud. Enfin, une fois les barbares exterminés, nous pourrons dissiper la barrière et partir à la chasse aux ultimes Odinistes cachés dans la Chaîne des Démons.

-Donc chevaucher vers eux, voir Eros arriver et mener le combat, contourner, dresser une barrière magique et revenir. Très bien, nous allons nous acquitter de cette mission. Quand partons-nous au combat ?

-Dans une demi-heure, exactement. Les troupes d’Eros sont déjà en marche et si vous partez dans une demi-heure précisément, le plan devrait coïncider parfaitement.

-Très bien, je te remercie. Nous le ferons.

Nezha regarda les montagnes. Le plan semblait tellement simple…

-J'ai une chose à vous donner également, de la part de votre père, il a dit que vous auriez aimé l'avoir à vos côtés.

Cela faisait déjà depuis si longtemps que le jeune homme n'avait pas revu sa hache et il apparut qu'en effet, elle trouverait son utilité sur un champ de bataille.

 

Pendant une demi-heure, entre les grandes bourrasques de vent et les puissantes revendications houleuses de Ponthos, Nezha avertit ses généraux du plan. Un grand nombre trouvèrent ce plan fragile, bancal. Pourquoi les Odinistes suivraient l’armée de Thanatos alors qu’en restant figé à un endroit les barbares auraient le dessus bien plus facilement ?

Nezha s’énerva bientôt contre les généraux. Il leur assura que ce plan était infaillible. Les mauvaises langues auraient certifié que le rouquin croyait dur comme fer à la réussite de ce plan car la personne qui l’avait élaboré n’était personne d’autre que Lotus, son père. Mais la plupart des généraux de Thanatos ignoraient la relation particulièrement glaciale et brûlante à la fois que partageaient Nezha et son père.

Un homme vint trouver Nezha et lui dit que l'armée était prête ; il ne lui donna guère de précisions sur les chefs de troupe, sur les hiérarchies militaires, ni sur l'identité même de cet homme. Il lui précisa simplement que les chevaux-cercueils étaient attelés et prêts au galop, il n'y avait plus qu'à attendre le bon moment.

Au bout de la demi-heure, alors qu’une certaine chaleur semblait émaner de la terre, comme pour pousser à l’affrontement ces hommes qui ne réclameraient bientôt plus que le sang de leurs ennemis, le tatoué donna l’ordre de l’assaut.

Les fantassins ouvrirent la marche, rapides et agiles, suivis par les chevaux sur lesquels étaient montés les nécromanciens, chacun assisté par son cheval-cercueil. La terre se mit en mouvement elle-même sous la pression des sabots, et ce fut un séisme qui partit en guerre, mené par Nezha.

Dans l'ivresse de l'adrénaline, le galop sembla rapide, intense, fulgurant, et ils virent bientôt une foule de guerriers au pied des monts. Ces derniers semblaient hargneux et quelques flèches venues des flancs fusèrent avec célérité abattant quelques thanatiens. Nezha annonça la retraite.

Il n'avait pas saisi cet élément du combat quand il avait imaginé le plan, mais puisqu'il avait été à la tête des troupes pour mener l'assaut, il se situait désormais à l'arrière-garde et trouvait cette perspective beaucoup moins séduisante.

Il dut ravaler sa fierté et entendit au loin des rugissements de guerre qui s'élevaient.

« L'élu d'Hypnos ! Mort à l'élu d'Hypnos ! », clamaient-ils. Nezha pensa alors que si les Odinistes suivraient les thanatiens, ce n'étaient pas sans but, c'était surtout parce que Nezha lui-même en faisait partie.

 

Le jeune rouquin sentait l'angoisse affluer en lui. Son cheval galopait aussi vite que possible parmi les autres équidés, mais les Odinistes étaient de redoutables coureurs, leur taille exceptionnelle ne constituait pas leur unique atout et il n'avait nullement l'envie ni le besoin de croiser le fer avec eux. Leurs cris de vengeance prenaient la forme d'une gueule sertie de crocs acérés, et la sensation de se faire engloutir n'était pas simplement illusoire, l'illusion c'était le domaine de Thanatos et non de ces barbares.

Enfin, Nezha aperçut vers l'est un nuage de poussières épais, dense ; un autre séisme qui venait à leur rencontre. L'étendard d'Eros flottait au vent et un nouveau souffle d'espoir revigora Thanatos. Nezha hurla le signe de demi-tour et la manœuvre surprit les Odinistes : les ennemis qu'ils poursuivaient s'écartaient d'un côté tandis que de l'autre arrivait une sérieuse menace : une nouvelle armée chargeant avec hargne. Incapables de prendre une décision dans l'instant, la seule réponse qu'ils eurent à fournir fut une division des troupes : une partie des Odinistes resta prête à accueillir les érotiques, tandis qu'une autre partie poursuivit le tatoué.

Du fait de la manoeuvre délicate de l'armée de Thanatos, le demi-tour ne fut pas brusque, ce fut un gigantesque virage et Nezha sollicita cruellement sa monture afin qu'il puisse reprendre sa place de meneur. Il prit donc le virage avec beaucoup plus d'intensité et à l'intérieur, doublant ainsi l'effectif de son armée. Il attendit d'être bien éloigné du champ de bataille qui s'organisait entre Eros et les Odinistes avant de se retourner. Il vit qu'ils étaient poursuivis et que cela ne faisait pas partie du plan, mais maintenant leur but était de retourner vers le nord, dresser cette barrière magique, peu importait les variations du plan de bataille.

Nezha hurla un ordre que les chefs répercutèrent à leur troupe : retarder les Odinistes qui les poursuivaient.

Les nécromanciens de l'arrière-garde s'arrêtèrent aussi net et se retournèrent, faisant face à une haine au galop. Les chevaux qui tiraient les cercueils vinrent se placer devant chaque mage, ces derniers descendirent de leurs montures, sortirent le poignard des nécromanciens, ces poignards sacrificiels que l'on utilisait lors des grands rituels. Ces poignards que chaque prêtre était tenu de posséder sur soi... « Cela peut sauver des vies », disait-on ironiquement. Alors, les cercueils s'ouvrirent et dévoilèrent des humains endormis. Pas morts, juste endormis.

Un cri de souffrance déchira l'air avant d'être repris en choeur, au rythme des incisions qu'opéraient les prêtres funèbres. Alors, ils se mettaient à rayonner d'une lueur sombre, violacée, et le grondement des pieds barbares qui foulaient la terre devint lourd et lent.

Nezha observait avec incompréhension cette magie tout en galopant de l'avant. Il ne pensait pas que la nécromancie nécessitât des pratiques aussi macabres, dans sa tête la magie s'exerçait gratuitement. Les cris de mort le suivirent, il tourna la tête une dernière fois, fasciné, et vit que les prêtres restaient face aux Odinistes, qui étaient piégés par une sorte de ralentissement du temps. Il les quitta des yeux pour se concentrer sur son objectif.

 

Le sol tremblait, haletait, transpirait. Il surgissait du sol une mélodie, un grand requiem, dont le rythme était saccadé, martelé par les grands coups de sabot. Nezha ne voyait pas revenir cette fichue montagne. Elle n'était pourtant pas si loin que ça, il ne leur avait pas fallu autant de minutes la première fois qu'ils y étaient venus, mais peut-être le temps se distordait-il ? Le jeune homme contempla le ciel ; le crépuscule ne semblait vouloir achever la phase de transition qu'il représentait... La nuit tombait depuis trop longtemps pour qu'on eût l'impression de la voir désormais. Il s'agissait d'une journée sans nuit, d'un moment d'éternité.

Enfin Nezha aperçut la montagne, leur demi-tour faisait une large boucle et rallongeait donc leur chemin, en revanche les barbares ayant compris le stratagème avaient coupé la boucle et gardaient une proximité réellement dangereuse, malgré les ralentissements des nécromanciens, certainement occis au passage des brutes. Cela inquiétait le jeune bûcheron et lorsqu'il vit la montagne il put enfin ordonner aux mages de monter un bouclier et aux fantassins de se préparer à l'assaut ennemi .

Les fantassins étaient prêts et les nécromanciens s'apprêtaient à se dissiper afin de préparer l'incantation mais ils se rendirent vite compte d'un problème essentiel. Un bouclier était déjà là, et les Odinistes l'avaient compris. Leur hargne monta très vite vers Thanatos qui leur bloquait la route vers la montagne.

Nezha hurla son incompréhension à un chef.

-Que fait ce bouclier ? Qu'est-ce qui se passe ?

-Nous vous l'avions dit, jeune Nezha, ce plan est bancal ; ce bouclier n'est nullement le nôtre et coupe même une éventuelle retraite vers les montagnes, nous sommes piégés entre ce bouclier et les Odinistes.

-Ce bouclier... Qui l'a fait ?

-Eros, répondit sans hésitation le chef de troupe.

Un nouvel ordre fut lancé : se retourner et attendre les ennemis de pied ferme. Donner toutes ses tripes pour sauver sa peau et protéger celle des autres. Ce fut Nezha qui prononça ces paroles et fut confronté à l'idéologie particulière de Thanatos : comment une nation qui survivait grâce aux sacrifices de sa population pouvait comprendre des valeurs telles que l'espoir de vivre d'un seul individu ?

Seul au milieu de ces macabres prêtres et fantassins, Nezha pouvait percevoir que l'un des cercueils lui était destiné.

-Alors, battez-vous pour détruire si telle est votre motivation !

Il sembla au bûcheron que des sourires se dessinèrent sur les lèvres des prêtres, mais peut-être n'était-ce qu'une sensation due à l'excitation du jeune homme, à son manque d'expérience crucial pour la guerre. Il se sentait définitivement seul et il ne désirait qu'une seule chose : un repère. N'importe qui. Sa mère, peut-être ? Ou encore, Yamaturga, cet étrange berger qu'il n'avait jamais connu ? Pouvait-il compter sur Freïa ? En un sens c'était elle qui l'avait envoyé là.

Ou alors son père. Il s'agissait de son ultime repère encore vivant...

Déboussolé, Nezha se jeta sur les Odinistes qui arrivaient précipitamment ; il hurlait, sa hache à la main, et se sentit devenir fort, puissant, vif, mais il lui sembla que les couleurs se ternirent au même moment.

Sa hache trancha l'air et le corps du colosse qui menait la course des barbares. Les nécromanciens avaient usé de sacrifices afin de lancer des magies de soutien qui rendirent le corps de Nezha bientôt inhumain. Ses cheveux roux devinrent noirs, poussèrent rapidement, et son tatouage se modifia, prenant la forme de deux traits, qui suivirent le sillon creusé par ses larmes. Ces dernières devinrent vite bleues, et pour parachever le tout, un violent sentiment de mort pénétra l'esprit de Nezha. Après cela, il perdit connaissance pour de bon.

 

 

 

Lorsque Nezha revint à lui, il était au milieu d'un grand bruit. Il leva les yeux au ciel, toujours vermeil, se nourrissant du sang versé. Lorsque Nezha baissa son regard, la guerre était encore là, bien présente, des cercueils tapissaient le sol, jonché de cadavres habillés de toges déjà funéraires ou de pagnes encore primitifs. Allongés, tous ces corps se ressemblaient d'une certaine façon. Réellement blasé, le bûcheron arrêta là son analyse. Il aurait pu continuer et se dire que morts, désormais, thanatiens ou Odinistes étaient les mêmes. Mais ce n'était pas le genre de pensées qui l'accablait dans l'immédiat. Dans l'immédiat, il était Ici et Là en même temps, incarné sur cette terre, et il renonçait à croire que ces corps se ressemblaient ; en effet, lorsqu'ils les foulait, il se rendait compte qu'il était plus dangereux de monter sur un prêtre puisque ces derniers, peu musclés et donc plus gras, moins fermes, faisaient trébucher plus rapidement. A l'inverse, les Odinistes, masses musculaires impressionnantes, étaient bien plus agréables à surmonter, il s'agissait de véritables roches étendues.

Nezha, bien entendu, prit son pied sur les chevaux. Ceux-là étaient encore plus dociles à escalader que les Odinistes. En grimpant sur la carcasse d'un équidé mort (probablement le sien ? ), il assista à une guerre qui poursuivait fièrement son cours. Il put voir les chevaliers d'Eros, combattant et refoulant les barbares, dont il ne restait plus que quelques troupes. La guerre se poursuivait, mais elle lisait déjà l'épilogue.

Anéanti, Nezha continuait à marcher sans but, vers les Odinistes, vers les érotiques. Il s'était passé quelque chose mais il ne savait quoi.

Il y avait eu un dysfonctionnement quelque part. Même pas ce jour-là, non, il y avait eu un dysfonctionnement depuis toujours.

Alors qu'il assistait à l'épuration des dernières brutes, Nezha s'évanouit en soufflant le nom de son père.

 

 

 
 
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